Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!
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(Par Alain OUDIN alainoudin@free.fr)
- 3 - MAULNES MANIFESTE MANIERISTE DE 1550/1553 ?
MAULNES capitalise bien des caractères remarquables de constructions contemporaines: Cette liste descriptive de ses éléments
constitutifs cumule des choix déjà éprouvés comme le parti massé d’un pavillon unique borné de tourelles, avec terrasse supérieure accessible, sur une esplanade fortifiée, sur le modèle déjà
ancien des châteaux de chasse de François I, modèle qui naît avec Chenonceau et Chambord; choix déjà éprouvés auxquels s’ajoutent une accumulation d’innovations en termes d’organisation générale,
de construction, et de confort, une accumulation de sophistications formelles d’autant plus remarquables qu’elles dateraient pour certaines de 1550; sophistications formelles qui en font un objet
unique et exceptionnel, renforcée par son échelle très réduite et quasi domestique… c’est une grosse maison pentagonale… dans sa première enceinte, un clos d’environ 2,2 hectares : 200
x 110 m.… comparée aux demeures royales vis à vis desquelles s’établit le
parallèle !
Plan de coupe de Maulnes. (Crédit image AO)
Les plans du projet primitif illustrent un parti « maniériste » avant-garde de l’époque
Le plan général existe en deux versions globalement identiques: sommaire le dessin de New-York; détaillé et fouillé celui de Londres; il représente le plan général de la
double enceinte, hors emprise du talus, soit environ 230 x 130 m. pour le
tracé [l’enceinte ?] extérieur[e] dont le centre est à peu prés celui du logis, c’est à dire le centre du puits. La longueur de 230 m. se mesure au sommet de l’exèdre nord du tracé extérieur [fossé ?] sans ouverture
[non dessinée par Ducerceau !] pour donner accès à l’enceinte. De ce fait, on voit dés à présent, la lecture ambiguë de ce tracé extérieur: simple limite de surface ou mur ? Comment se
justifierait cette double enceinte dés 1550, sinon par l’isolement absolu au cœur de la forêt, alors qu’il n’est pas encore question de percer des allées forestières, et que François Du Bellay
dépose plainte pour brigandages répétés ?
Le plan général, avec ses bâtiments divers et ses nombreux espaces libres y compris le logis, présente un mélange de 3 niveaux successifs tenant lieu d’une espèce de coupe: de la cote 318 du sol
naturel dit niveau3, à la cote 311 de l’eau dit niveau1; 3 niveaux successifs qui se succèdent et se superposent par transparence: c’est bien l’application à MAULNES de la méthode Ducerceau de
représentation de ses plans généraux:
- le rez-de-chaussée de l’enceinte et des communs jusqu’à la tête de galerie ouverte, face à l’entrée du logis: galerie dont la dernière travée d’arcades (niveau3) se superpose par transparence au soutènement (niveau2),
- puis, y compris le soubassement du pont dormant, le rez-de-jardin bordé par les niches du soutènement, avec l’entrée de service polyèdre du logis; les issues de ce vestibule s’avéreront fictives sur les pièces latérales par différence de niveau: le vestibule du logis (niveau2) se superpose par simili-transparence au nymphée (niveau1)… est manquante également l’issue vers l’escalier dont le palier pourtant dessiné dessert ce vestibule de service (niveau2:cote314); de fait l’issue existe bien, passant sur l’extrados des voûtes du niveau1:
- enfin le rez-de-nymphée pour tous les autres volumes dessinés (niveau1); au total une synthèse assez compliquée mais presque
cohérente de 3 niveaux de « sol découvert » qui se succèdent.
Evolution des differents niveau du Château (Credit image AO)
Ce plan général est accompagné de deux plans du logis, conservés à New-York: entrée principale [niveau3] et étage noble [niveau4] qui sont cohérents avec le plan des niveaux inférieurs. Ces 3 plans du logis illustreraient le projet primitif des Du Bellay dans le temps où l’exploitation de leur forêt les a également occupé, vers 1550; projet dont Ducerceau a pris sans doute connaissance dés son établissement, et donc avant 1559 quand il préparait sa première publication Livre d’architecture… etc
[projet éventuellement plus récent; soit de 1562-63 pendant ce qui deviendra la Première guerre de religion; soit de 1564-65 juste antérieur aux marchés.] Ce plan général de 1550 [?] représentait-il déjà cette double enceinte, ou la seule enceinte intérieure ?
Caractères remarquables de constructions contemporaines et choix déjà éprouvés
- Plan pentagonal, cœur circulaire: premier Caprarole par Sangallo
en 1520-30, puis transformation par l’ami de Serlio: Vignole assisté de
Paciotto, aux Farnèse, à Viterbe, 1555-59. Caprarole présente sur la
gravure de Vasconi (T.III,pl.58) des pavillons d’angles avec rehauts de maçonnerie en bossage, travées élargies et décrochements de corniche et de
couverture qui calent les façades et prolongent les bastions bas d’une façon beaucoup plus visible et énergique que ce qu’offre la « plate » gravure de Lemercier, 1608; dans le
principe, il n’y a pas grande différence avec les tourelles de MAULNES, qui par ailleurs sont indispensables pour accueillir diverses minuscules annexes: cabinets et escaliers secondaires
!
- Ce bâtiment principal pentagonal est flanqué aux angles de 5 tourelles ou pavillons. Au nombre de 5 suivant l’hypothèse finale dont il n’a pas été question jusqu’à maintenant que les plans « primitifs » présentent ce « massif nord ». Alors que le constat de sa construction tardive sur une façade préalablement achevée, mais dans le « temps du chantier » poussait à croire au repentir; d’où une première hypothèse qui envisageait l’actualisation de ce jeu de plans par l’ajout du « massif nord »; mais il n’y a pas d’explication satisfaisante à une telle actualisation en 1568-70, à ce point partielle et incomplète, du dossier de plans primitifs ! ? D’où la conclusion que ce massif nord a été une option envisagée dés le projet primitif.
- Escalier central circulaire à jours: sur les modèles sophistiqués de l’escalier du Belvédère de Bramante en 1512; de l’exemple magistral de l’escalier central de Chambord en 1519; du puits d’Orvieto par Sangallo pour Clément VII dans la décennie 1530; et de l’escalier principal du château de Madrid, étudié et achevé par Delorme. - l’escalier avec noyau intrados circulaire, et extrados pentagonal, comme l’enveloppe générale; ouvert à son sommet [?] mais aussi sur les côtés, par des failles latérales totalement à claire-voie, qui assurent une aération hygiéniste contre les miasmes… la peste sévit encore périodiquement… et qui éclairent les paliers plus efficacement que les solutions d’Andrea Palladio, architecte vénitien contemporain, pourtant génial !
- Chacune des 3 pièces principales du Nymphée (niveau1) est identiquement couverte en voûte reposant également sur 4 piliers centraux de maçonnerie et le bassin d’eau dans la pièce sud est orienté est-ouest.
- Organisation du service par des galeries latérales desservies par des escaliers à vis: Madrid, La Muette, Challeau: châteaux de chasse de François I, que Ducerceau a reproduit également, dont Chambiges, Primatice puis Delorme vont assurer la maîtrise d’œuvre ou l’entretien, bien que dits d’architectes inconnus.
- Bastions (ouvrage dessinant un angle saillant) Soutènement (portique à moitié enterré pour soutènement) Bains, Etuve et Nymphée, Jardin clos entouré de fossés: Anet par Delorme en 1545-53; Dampierre, par Primatice pour le cardinal de Guise, autour de 1555. Fabrice Henrion rappelle la définition du cryptoportique: un volume souterrain ouvert sur l’extérieur par un portique [à Anet, c’est le cas], notant que le terme n’est pas justifié pour MAULNES.
- Galerie ouverte, Soutènement, Grotte et Nymphée: la grotte du Primatice à Meudon pour le cardinal de Guise en 1552-60; la grotte de Delorme à Montceaux-les-Meaux pour la reine, en 1557.
- Exèdres pour Cours et Jardin… : une « maison du théâtre et baignerie » à Saint-Germain-neuf, par Philibert Delorme pour Henri II en 1557-59.
Enfin concernant les quatre caractères suivants, subsiste un doute sur leurs dates d’inscription dans le projet de MAULNES compte tenu des éléments graphiques disponibles: 1550 ou 1566-1570 ?
- Accès sous galerie ouverte et galerie supérieure de réception de 45 mètres de longueur: La galerie en charpente, de promenade du roi, à Villers-Cotterêts, par ? vers 1547 ? Le pont-galerie de Chenonceau par Delorme en 1556; le pont-galerie à 2 niveaux de Fère-en-tardenois, par Bullant pour Montmorency vers 1560; deux galeries ouvertes qui complètent Saint-Germain-neuf par Primatice en 1567.
- Grandes fenêtres de l’étage noble: Le Louvre par Pierre Lescot en 1556.
- Terrasse d’observation et Lanterne à jours [ont-elles existées ?]: Chambord; La Muette par Delorme.
- La façade du Nymphée en grotesque et ruine tendant à la sculpture: la Grotte des Pins de Fontainebleau, première grotesque en France ?, par Serlio, et/ou Primatice, et Vignole ? en 1541-43.]
L’accumulation d’innovations
Maulnes Credit image (AO)
- 5 façades identiques présentant chacune 3 travées de baies identiques: schéma géométrique très radical pour une architecture-manifeste « rêvée ». La façade du Nymphée au sud respecte ce tracé directeur, avec cependant un passage central plus étroit que ses deux baies latérales conformes au modèle général. Noter l’indice de bossages mais l’absence de niches… Donc rapprocher cette façade primitive de l’exemple de composition consignée par Serlio dans son Quatrième livre, publié à Venise en 1537 (Picard,p.79) est prématuré ; à contrario de la réalisation de 1566 qui justifiera ce rapprochement.
- une implantation liée aux équinoxes et solstices qui implique une conscience cosmique; la proposition de Laurence Carminati est très impressionnante par sa rigueur et l’adéquation de la forme pentagonale aux différentes étapes des levants et couchants du soleil, du solstice d’hiver au solstice d’été. Cette assertion s’appuie sur l’orientation du logis et partant sur celle de l’enceinte. Carminati donne l’axe de la composition précisément à 15°est du Nord. Curieusement le nord fait l’objet d’indications fantaisistes tant sur des cartes anciennes que sur des plans publiés par le collectif Picard – ce qui est préoccupant ! – ce qui n’avait pas été relevé jusqu’à maintenant (cf. errata)
- un souci de confort et d’hygiène, peut-être d’hédonisme et de philosophie par référence au fameux « jardin de Polyphile »: une eau de source courante (luxe inouï), piscine intérieure [les bains froids de Pieper, n’en déplaise à M. Chatenet] et piscine extérieure.
- Il reste encore plusieurs innovations dont il est impossible d’avérer l’existence dés 1550, mais qui seront constatées à partir de 1566-1576: Il s’agit 1) des plafonds à engravures [selon les principes Delorme ?] des deux pièces principales nord de l’étage noble en 1567-68 et du plafond à caissons de la grande salle, parachevé qu’en 1610 [sur le modèle de la salle de bal de Fontainebleau par Delorme et son menuisier Scibec en 1548-50… suivant des modèles italiens, peut-être diffusés par Serlio ?] … plafonds qu’il faudra comprendre comme manifestes de producteurs de bois, 2) de la charpente des communs et de la galerie par éléments « préfabriqués » propres à Philibert Delorme, 3) de la seconde enceinte talutée créant le fossé intermédiaire. Enfin le bain chaud-étuve non encore prévu sur le plan de 1566, sera décidé ultérieurement.
La théâtralisation maniériste et systématique des formes construites
- cour oblongue, combinaison apparente d’un rectangle et de 2 demi-cercles: celui des communs et celui du mur de la cour d’honneur (plutôt que basse-cour); le relevé précis donne 35m. de large sur 52,5m. de long qui ne contredit pas le faux ovale de Ducerceau.
- galerie haute, lumineuse et aérienne, dont s’échappent les vues sur la forêt et le paysage par dessus l’enceinte; son contenu envisagé la rendant prestigieuse, elle présente en fait un autre schéma d’accès au logis depuis la cour, ce dont il n’a pas été question jusqu’à maintenant, ou inversement depuis le logis vers la chapelle située par Bruno Decaris à l’ouest du vestibule des communs – au rez de chaussée ou au premier étage sous le berceau de la charpente ? - et dont le cœur en abside est orienté traditionellement à l’est, au moyen de l’escalier jouxtant le vestibule central des communs, en alternative aux principes de l’obstacle et de la rupture érigé en style, énoncé précédemment par Monique Chatenet et Paul Barnoud.
- ¾ de cercle du soutènement débuté à l’est, qui finalement n’a jamais été construit entièrement !
- à l’étage noble, le vaste antichambre-vestibule de forme polyédrique, éclairée par 3 baies, en charnière de la galerie haute et des deux chambres principales… celles-ci peuvent-elles être considérées dès cette époque, en 1570, comme des « chambres d’honneur », des salons aux plafonds formidables, anticipant sur le XVII° siècle ? [à contrario d’appartements intimes ne communiquant plus entre eux, ce qu’elles deviendront par la construction ultérieure du cloisonnement axial, dès Crussol disparu, ou plus tard, par un propriétaire ultérieur ?]
- l’exèdre (demi-cercle) qui poursuit le jardin carré et achève l’ensemble à niveau2 commencé avec le soutènement, dit aussi « douves sèches » surbaissé de 4 mètres environ par rapport au sol, différence diminuant vers le sud compte-tenu de la pente du terrain.
- le bassin de bains creux encore de 3 mètres supplémentaires [niveau de l’eau], s’inscrivant au fond d’une pyramide inversée à trois cotés – le quatrième coté étant la façade du nymphée – pyramide inversée qui n’a jamais été construite.
- deux petites pièces circulaires en annexe des offices/salles de garde/chambres d’été voûtés encadrant l’entrée principale;
- deux petites pièces pentagonales qui rappellent la forme principale, aux niveaux3 et 4.
Autres sophistications d’organisation
- un passage transversal, glissé en entresol des accès noble et de service et ayant sur eux, vue et ouïe, reliant les deux offices/salles de garde/chambres d’été voûtés à niveau3, encadrant l’initial porche « ouvert » dont le schéma est curieusement proche de celui de Bullant à Fére-en-Tardenois; porche finalement transformé en vestibule « fermé » rendant ce passage à peu prés superflu.
- à découvrir [?] sous le tracé de la galerie ouverte, un souterrain au niveau2, ou une rampe centrale, menant du niveau 3 des communs à l’entrée de service du logis, au niveau2 du jardin. - la notice de Ducerceau signale le projet d’une « ouverture » du jardin en bout d’exèdre, du niveau2 au niveau3, par une rampe ou des degrés pour suppléer au défaut apparent d’accès au jardin pour son entretien !
- Sur les trois premiers niveaux voûtés, les épaisseurs de maçonnerie varient et Il semble pouvoir s’établir au niveau3 une relation entre épaisseur des murs et vulnérabilité décroissante de la façade nord vers la façade sud.
- En pointe nord, fermée par une tourelle concave, notons la similitude de principe du vestibule à niveau2 avec le vestibule vers la galerie à niveau4 où les deux « garde-robes » rectangulaires, mais étroites de seulement 2 mètres, n’ont pas de cheminées, et réservent entre elles ce spacieux polyèdre éclairé par trois baies, en charnière de la galerie supérieure et des deux chambres. Notons bien qu’il n’y a pas de séparation axiale. D’ailleurs cette disposition originale d’une pièce commune centrale accessible seulement à travers les deux garde-robes fait supposer qu’en 1550 l’usage de la galerie supérieure n’était peut-être pas aussi déterminé et prestigieux que la suite des documents et des analyses ne le laisse penser.
- En pointe nord du niveau3, l’entrée principale s’effectue dans l’axe de la tourelle concave, par un petit vestibule ovale complété de longs corridors. C’est une composition typiquement maniériste avec ses percements obliques, créant des axes diagonaux lumineux intégrant les deux grandes pièces adjacentes; ce qui présentait un certain intérêt « théâtral ». Avec pour conséquence des inconforts: ceux des jours obliques des cabinets circulaires du niveau3 et ceux des jours disposés dans l’axe des mitoyens des garde-robes du niveau4…
- Au niveau4, les cabinets pentagonaux sont accessibles directement du palier central.
Cette architecture très formelle et radicale, dont on peut imaginer de « sèches » façades à partir des plans, poursuit le manifeste géométrique de son auteur… qui ne sera pas suivi intégralement ! mais pour beaucoup… notamment le principe de l’escalier circulaire dans son enveloppe pentagonale… de son puits central et de son éclairement, qui sera respecté.
Pourquoi J-N-L. Durand choisit-il en 1800 d’illustrer le projet primitif de MAULNES ?
S’intéresser au projet primitif, après ces 250 années écoulées, c’est de la part de ce disciple de Boullée, un choix
symptomatique à comprendre comme un hommage du Siècle des Lumières à celui du maniérisme… hommage semble-t-il passé inaperçu jusqu’à maintenant. A partir essentiellement des dessins [de 1550 ?] conservés maintenant à New-York,
Durand grave cette élévation-coupe de façade sud.
Aussi hétéroclite que soit cette proposition, c’est une reconnaissance appréciable du parti esthétique rigoureux émanant des plans. Parce que ce serait un non-sens de taxer Durand de choix
aveugle et d’ignorance de la réalité des façades de MAULNES : Ledoux [architecte des eaux et forêts, officier du prince de Condé en Bourgogne]
fut l’architecte-rénovateur de l’église de Cruzy-Le-Chatel, et de toute évidence connaissait MAULNES qui relevait de cette paroisse… Boullée lui-même y aurait laissé son autographe-graffiti
(Picard,p.76). J-P. Halévy, Monique Chatenet et Fabrice Henrion considérant « Durand inspiré par Les Plus Excellents bâtiments de France, ne se
souciant nullement de savoir si le château est encore debout » [pourquoi cette affirmation ?) ignorent-ils cette relation directe avec Ledoux et Boullée et font-ils deux erreurs ?
(Picard,p.76)
Il est étonnant que personne n’ait été alerté jusqu’à maintenant, par l’abîme séparant ces deux options esthétiques : le systématisme des façades du premier projet, que justement Durand fait
le choix d’exprimer indubitablement et le cahotique des façades gravées par Ducerceau, reflet maladroit du « vibrato » et de la liberté donnés à chaque façade de la réalisation de
MAULNES.
En mariant « la carpe et le lapin », à savoir les façades de Ducerceau et celles de Durand, ces auteurs tournaient le dos à toute hypothèse et à toute perception du « manifeste
maniériste » radical de ces « plans primitifs » que Ledoux, Boullée et Durand ont célébré après 250 ans. De toute façon ignorer et ne pas raisonner cette première phase du projet
de MAULNES, qu’elle soit de quinze ans antérieure, ou de quelques années seulement, c’est sûrement passer à côté d’une part importante, sinon essentielle de son histoire et risquer de s’en tenir
à une réduction.
Durand, au vu de l’ouvrage de Ducerceau, se sera bien rendu compte de l’absence de façade sud de MAULNES ! La sienne cumule des souvenirs visuels de la grande baie du nymphée, sur place ou par mémorisation des gravures antérieures de 150 ans de Silvestre et Mérian, et de la lanterne supérieure vue chez Ducerceau, mais pour le reste s’appuie sur le dossier des 3 plans primitifs conservés à New-York… et NON sur ces diverses gravures qui présentent leurs élévations avec les mini-frontons, absents ici de la reconstitution; laquelle indiscutablement présente 3 façades identiques, identiquement percées, mais avec l’erreur notable de l’accès principal au niveau2, suite à l’interprétation littérale et régulièrement comprise du plan général de Ducerceau, avec un criant hors-d’échelle vis à vis des communs… et une erreur sur le niveau de l’enceinte fossoyée, explicable par l’absence du mur extérieur et de son talus… etc. à savoir tout ce qu’un jeu de plans, sans élévation ni coupe, laisse à l’entière imagination ou au souvenir ! Si Jean-Pierre Halévy à propos de cette gravure, évoquait un éventuel crypto-portique espéré par le professeur Pieper - alors qu’on y peut lire aussi de profondes niches faisant soutènement - ce faisant il ne posait aucune hypothèse sur les raisons de l’intérêt que Durand portait à ces plans de MAULNES !