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Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!

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Les rendez-vous de Maulnes: La conclusion

 

Nous vous proposons aujourd'hui la dernière partie des "Rendez-vous de Maulnes". A cette occasion, je souhaite remercier Monsieur Alain OUDIN qui par la richesse et la diversité de ses travaux, nous a rapproché encore davantage de "notre" célèbre château pentagonal. 

Contact: oudinalain@free.fr

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CONCLUSION


Il apparaissait que les études récentes sur MAULNES aient jusqu’à maintenant négligé de possibles conclusions de la confrontation approfondie entre les ouvrages réalisés et « radiographiés » par leur analyse archéologique détectant « repentirs et ajouts », et les planches, dits de Ducerceau; à savoir que ces planches rendent aussi compte d’un projet primitif constitué d'un complexe bâtiment unique, au vu de l’ampleur des modifications constatées dans la construction; et finalement depuis 1573 d’une phase de clôture du chantier sinon d’abandon de MAULNES en 1575-76 par Louise de Clermont, veuve pour la seconde fois.

 

Deux raisons principales font souhaiter par rapport aux lacunes de l'ouvrage publié par les éditions Picard, une démarche plus rigoureuse pour que MAULNES soit mieux resitué dans l'histoire de l'architecture de la Renaissance.

1) D'abord la focalisation avouée(Picard,p.195) mais excessive sur le « logis » de MAULNES par rapport au reste de l'enceinte; aux "restes" dans cette enceinte; puisque de l'ensemble, il ne subsiste qu'à peu-près le seul "logis", c'est donc à son propos que la comparaison s'établit complaisamment avec le type du « château de chasse en forme de massif unique »(Picard,p.201) - alors que "l'ensemble" de MAULNES s'en différencie fondamentalement, comme l’ont bien diagnostiqué, semble-t-il en vain – MM. Pierper et Decaris.

 

2) C'est ensuite l'accumulation des erreurs de Ducerceau qui renforce cette focalisation sur le " logis ": en effet ses représentations pêchent par leur défaut d'échelle, amenuisant caricaturalement le bâtiment en avant-corps hémicycle dit des "offices", transcrits en « communs », ce terme même étant une autre sorte d'égarement, à l'égal de celui de "basse-cour".

 

Mais le dessin "vue à vol d'oiseau" conservé à Londres et les gravures de Ducerceau, malgré l'accumulation de leurs erreurs et de leurs incohérences laissent percevoir, quoique très difficilement car il y faut aussi l'aide de l'analyse archéologique, un caractère majeur du projet de 1566, qui est la continuité de volume. En conséquence il reste sans doute à mieux évaluer les innovations profondes de MAULNES, à comparer à certains égards à celles de Palladio, sinon à les en rapprocher... Considérer MAULNES comme « massif unique » est trop réducteur, puisque MAULNES présente originellement un plan continu, ramifié, et dessiné avec dessein " maniériste ", comme les plans des villas de Vénétie de Palladio, avec des "annexes" en mutation vers l'intégration fonctionnelle et visuelle alliant usage et élégance ou forme et fonction. A ce propos les villas Barbaro et Badoer  construites par Palladio vers 1556-1558 sont les deux exemples les plus intéressants.

La Villa Badoer construite vers 1556, est sa seule réalisation(Picard,p.208) présentant des avant-corps en hémicycle, mais en deux parties symétriques encadrant le corps principal de la villa, l'ensemble constitué de trois bâtiments distincts reliés par des escaliers; c'est une différence fondamentale d'avec MAULNES qui comme la villa Barbaro à Maser (Trévise), construite en 1557-1558 s'étale et s'articule dans l'espace tout en ne formant qu'un bâtiment unique... ce qui était projeté à MAULNES avant les troubles des guerres de religion... la galerie se poursuivant dans le porche à niveau3 et le niveau 4 également continu de galerie à logis... MAULNES et la villa Barbaro, bâtiments uniques où, partout, logements du commun et "appartements" se superposent.

 

La réalité de MAULNES, qu'elle soit de 1553 ou de 1573, c'est non seulement cette sophistication incroyable existante encore dans le logis, mais il faut imaginer cette même sophistication dans l'avant-corps hémicycle et sa " cour d'honneur "... son enceinte clôturant la terrasse alentour avec notamment ses deux " basses-cours " symétriques [qui n'existent pas encore " isolées " au plan primitif de NY., indice supplémentaire de sa précocité] et la galerie de liaison sur deux niveaux : C'est plus un schéma des XVIII° et XIX° siècles que des XVI° et XVII°... c'est plus un schéma d'hôtel particulier urbain luxueux - du fait du caractère centripète et introverti dû à l'enceinte, elle aussi d'ailleurs en avance de 100 ans sur Vauban - qu'un schéma de résidence à la campagne...

 

Les dessins majeurs sont ceux de N-Y. plutôt ignorés dans leur spécificité jusqu'à maintenant; majeurs parce qu'ils constituent un pré-projet radicalement " maniériste " De ces trois dessins, l'un, le " plan général " qui était réputé assurément de la main de Ducerceau, par son mode de présentation par accumulation et superposition de plusieurs niveaux différents, voit cette paternité auparavant incontestable, remise en cause par un plan semblable de Sébastiano Serlio, et précisément d’un modèle d’église pentagonale, et sans doute largement antérieur.

Après cette hypothèse décrédibilisant Ducerceau, les questions s'enchaînent: Ces trois dessins sont-ils de la même main ? De qui sont les deux autres dessins de " plans primitifs " des niveaux 3 & 4 ? De Ducerceau ou du concepteur ? Un concepteur de " modèle " ou le maître d'œuvre mandaté par les comtes de Tonnerre, spécifiquement pour MAULNES ? Quels comtes ? Les Du Bellay en 1550-53 ? qui auraient mandaté SERLIO ? ou un autre concepteur s'inspirant d'un modèle de Serlio inconnu ?... comme son « modèle d'église » qui - semble-t-il - a échappé à l'équipe de MAULNES, en renforce encore la probabilité: pentagone régulier; ouvert sur chaque face par trois mêmes baies, exceptée la façade d'accès; couvert par voûte-coupole décagonale, coiffée d'une lanterne circulaire à périmètre pentagonal; diffusé au congrès du Centre Jacques Cartier Sebastiano Serlio à Lyon Architecture & Imprimerie, Lyon, décembre 1998, ce document m'a été communiqué par Jean-Claude Adam concerné par MAULNES, investi plus spécialement dans la biographie de Louise de Clermont, mais non encore convaincu par le scénario des Du Bellay, commanditaires de MAULNES.

 

Pour revenir aux plans primitifs une première investigation à NY. préçiserait si ces trois dessins sont de la même plume... sur même papier... et du même temps ? En viendra-t-on à admettre que Ducerceau – si c’est lui leur auteur - a dessiné ces trois plans assez primitivement [son premier livre datant de 1545(www.struturae.de) et son Livre d’architecture… etc.  de 1559] mais à l'instigation d'un tiers, concepteur ou mandataire ? A moins que Ducerceau, concepteur initial écarté - hypothèse somme toute assez invraisemblable - n'ait que très tardivement vers 1575, et incorrectement transcrit la réalisation confiée finalement à un autre architecte ? Si les deux plans d'étages sont d'une main différente, lequel des deux ensembles aurait été logiquement dessiné en premier ? Plutôt les divers plans d'étages supérieurs, puisque le " plan général  primitif " dessiné par Ducerceau est tiré de la synthèse de trois autres plans disparus. De ce fait Ducerceau se confirme encore comme truchement plutôt que comme auteur.

 

        

L’HISTOIRE RECONSTITUEE DE MAULNES SE JOUERAIT EN 6 TEMPS:

 

A) D’une main inconnue, vers 1550 [?] les plans primitifs « Du Bellay ? » toujours dits de Ducerceau; une architecture maniériste, hyper-formelle et « rêvée », sur un principe géométrique rigoureux avec 5 façades identiques, se distinguant seulement par leurs différents niveaux de sol découvert, chacun des niveaux 3 & 4 ouvert par 15 baies absolument identiques, imaginables pareillement au niveau5, suivant une répartition à laquelle se conforment également les 3 baies Sud du niveau1; au détail prés de sa porte centrale plus étroite, marquant légèrement avec l’accès dans le massif Nord, l’organisation privilégiée Nord-Sud. L’enceinte intégrant les communs, etl’avant-corps, précisément indispensables dans cette « économie de main-d’œuvre », sont projetés conformément au « plan général ». En 1800 la gravure de J.N.L. Durand, disciple de Boullée est la seule illustration, par une élévation de façade Sud, de ce projet primitif: hommage des Lumières au maniérisme par une image de la Raison.

 

B) D’une autre main inconnue… ou la même ? en 1566 les plans des marchés du « logis Crussol »: une architecture « vécue » sur la base du même plan général et du même parti pentagonal structuré par son escalier central autour du puits mais avec des « nuances » qui n’avaient pas fait l’objet d’analyses très détaillées jusqu’à maintenant: ces nuances sont des modifications très importantes visant en fait une meilleure adéquation plans/façades/extérieurs. Ces remaniements qui constituent un nouveau projet, concernent toutes les façades et beaucoup de volumes: les baies de la nouvelle façade Sud « dilatées » par rapport à son centre… modifications qui concernent tout le volume du niveau1 tant intérieur qu’extérieur; la nouvelle façade Nord combinant deux faces du pentagone, passant de 7 à 5 baies à tous niveaux, réduction liée à des modifications en plan d’abord du « système vestibule » au niveau3 qui, après abandon du massif Nord devient un porche, ensuite des appartements, avec au niveau 4, après abandon des 2 cabinets symétriques, la création d’une unique et grande antichambre Nord, en charnière de la galerie supérieure et des 2 chambres principales, et aux niveaux4 & 5, avec la création de 4 nouvelles cheminées. S’accompagnant sans doute de la libre composition des baies au niveau5 et des verticales qui éclairent l’escalier central, l’abandon d’un rigide tracé régulateur des baies a donné sa liberté à chaque façade et son élégance à l’architecture. Le fait que les marchés de 1566 ne prennent pas en comptel’avant-corps, ne prouve en rien qu’ils n’aient été d’ores et déjà prévus, mais confirme plutôt qu’il en subsistait d’anciens, suffisants pour assurer la transition du chantier et son étalement. L’absence apparente - et incompréhensible pour certains - des écuries et chenils éloignés de l’enceinte, doit être comprise comme une mesure supplémentaire de confort et de sophistication.

 

C) Vers 1568-70 se décident l’aménagement d’un bain-étuve – à noter l’absence de repentir conséquent en façade – puis la construction du massif Nord défensif qui, remplaçant la tête de galerie éloignée de l’accès du logis, rétablit une certaine régularité formelle de la composition; et vraisemblablement à partir de 1570, le quadrilatère d’enceinte et son contenu sont mis en chantier ; mais quel est son état précis à la mort de Crussol en été 1573 ?

 

D) La disparition de Crussol induit une nouvelle et finale séquence de travaux: quelles sont les dispositions du logis et de son environnement immédiat quelques années plus tard, quand Louise veuve, « abandonne » MAULNES, plus ou moins simultanément à la publication de Ducerceau en 1576 ?… travaux suspendus et réorientés [Le pan de bois du niveau4 ne date-t-il pas de cette fourchette 1573-75 ?] pour clore définitivement le chantier initial ?  Les gravures de Silvestre de 1650 et divers plans de la forêt et de la verrerie ultérieure, jusqu’aux relevés contemporains rendraient compte de cette dernière phase entre 1573 et 1575, signée « Louise de Clermont-Tallart veuve ».

 

E) Ducerceau par sa publication des « plus excellents bâtiments de France » en 1576 court-circuite ce schéma d’évolution du projet et crée une extrême confusion en restituant partie des plans primitifs [1550 ?] dont l’avant-corps, associée à une partie des élévations de 1566-75. Le fait même que Ducerceau, consciemment ou pas, transige comme il l’a fait avec la réalité, prouve d’une part qu’il ne collait pas à l’actualité de MAULNES, et prouve surtout l’existence d’un délai important entre l’établissement de son « plan général » partie d’un projet primitif [massif Nord inclus] dont heureusement il a transmis 2 autres niveaux de plans précisément dessinés, et l’actualisation des façades du logis conformes aux marchés connus de 1566, dont il n’a malheureusement presque rien transmis… et peut-être enfin l’actualisation en élévation du doublement de l’enceinte, conforme au probable marché de 1568-70 ? Actualisation d’autant plus bâclée et partielle qu’elle sera tardive et devenue urgente avant publication en 1576… fausse aussi par volonté d’ignorer le renoncement de Louise ! Mais répétons que malgré tout, Ducerceau sauve MAULNES.

 

F) Etat contemporain, après modifications recensées [?] depuis la fin du 16° siècle, après ruines [et exhaussements ?]l’avant-corps, obturations, cloisonnements et restaurations des siècles passés, notamment aux niveaux 2 & 4 & 6 du logis, notamment par Robert Vassas pour ce qui concerne le couronnement de l’escalier et sa terrasse; et modifications du site après glissements de terrain et/ou pratiques agricoles  ?

 

Une reconstitution 3D interactive [infographie en 3 dimensions] permettrait la reconstitution des X temps de cette histoire par la simulation des projets et des états successifs, celle des volumes disparus, et celle des divers cheminements dans le site et le bâti avec leurs perceptions offertes à l’issue du chantier en 1573-76, parallèlement à l’état actuel. Outre son intérêt scientifique, son efficacité muséographique est évidente en face de volumes disparus qu’il est plus ou moins pensable de reconstituer à court ou même moyen ou long terme ! ? Enfin ce n’est pas le moindre des intérêts de ce jeu de simulation d’évacuer tout enjeu de pouvoir !

 

Hypothèses de reconstitution graphique à partir des différents éléments existants, des 6 états de MAULNES:

A- projet primitif [des Du Bellay ?] [par Serlio ?] [en 1550 ?].

B- dossier des plans Crussol de 1566 : état du logis en 1573 à 1575 – repentirs constatés du « temps du chantier ».

C- état de la construction en 1573 à la mort de Crussol (le plus incertain concernant l’achèvementl’avant-corps et de l’enceinte).

D- état de la construction en 1575 après la phase de clôture, diligentée par Louise de Clermont, veuve.

E- publication par Ducerceau en 1576

F- état contemporain, après modifications recensées [?] depuis la fin du 16° siècle.

 

Faire l’hypothèse d’un projet primitif entraîne la réunion des conditions de son élaboration et des justifications de l’abandon de sa mise en œuvre: c’est bien le cas avec François Du Bellay et de son jeune fils Henri, morts en 1553 et 54, comme permet de le penser l’analyse de l’histoire dés 1540, de la forêt de MAULNES par Alain NOËL, dont l’apport trop tardivement établi, à partir de 2003, a été sous-estimé ou ignoré par les archéologues - Les procès de succession Du Bellay ouvrent un champ nouveau de recherches d’archives, sur de nouvelles plages de temps, autour de 1550 et de nouvelles aires géographiques, Berry Anjou et Poitou, régions d’implantation des familles Husson et Du Bellay. Cette répétition du projet suppose deux interventions, soit d’un seul auteur à environ 15 ans d’intervalle, soit de deux auteurs successifs. Dans le cas d’un seul architecte, il serait assez profitable de considérer l’évolution sur 15 ans du même couple maître d’ouvrage / maître d’œuvre.

 

La signature stylistique est très difficile, aléatoire, et reste du domaine de l’hypothèse; d’ailleurs les confusions de paternité ne sont pas rares entre artistes contemporains, liées souvent à des successions de prises en charge qui sont assez systématiques sur des programmes importants. A ce jour plusieurs options d’auteurs ont été posées. Au bouquet ainsi constitué des parrains italiens que sont Michel-Ange, Vignole et Perruzi, et des auteurs présumés qui seraient Serlio le plus français des italiens, et les plus italiens des Français: Lescot et Delorme - qui occulte curieusement son héritage italien jusqu’à la falsification se créant une géniale virginité - sans éliminer complètement les contemporains Goujon et Bullant, et sans même que ce soit exclusif de quiconque, sauf de Jacques I Ducerceau, il faut ajouter Primatice dont la vie est mêlée de très prés à la cour de France depuis François I jusqu’à Henri III, et qui fait passerelle permanente avec l’Italie. D’ailleurs il complète aussi et fédère le trio d’inspirateurs de MAULNES désignés par Paul Barnoud: Serlio, Michel-Ange et Delorme.

  

La preuve certaine dans le manuscrit, l’édition ou l’œuvre de peinture reste le principal espoir… Quels témoignages, signature, indice retrouvés ou à retrouver sur place à l’examen des bâtiments, pouvant désigner formellement une personnalité ? A l’exemple de la fresque du Primatice à Fontainebleau qui reproduit un schéma de Léonard de Vinci d’un nouveau procédé de charpente similaire et antérieur à celui de Philibert. MAULNES n’apparaîtrait-il jamais dans une fresque ou un tableau du Primatice, de Caron, ou de Nicolo Dell’Abbate, dont la documentation apporterait une référence nouvelle; à l’exemple du château de Gaillon qui apparaît dans une fresque du château italien de Gaglianico ?

 

 

Quel(s) architecte(s) pour MAULNES, bâti entre 1566 et 1575 ?

 

- SERLIO absolument hors de propos concernant le chantier, puisque disparu en 1554, sauf à l’imaginer auteur du projet « primitif » que le ménage Du Bellay lui aurait commandé entre 1546 et 1552 période pendant laquelle ils commencent d’exploiter la forêt de MAULNES… environ 20 ans avant la signature des marchés de 1566, dans une situation absolument comparable. D’une part son « modèle d’église pentagonale » au livre V - 1547, anticipant la méthode de représentation synthétique des plans, réputée celle de Ducerceau, d’autre part le maniérisme très prononcé du nymphée et du vestibule, lié à une régularité radicale des façades entraînant au Nord des percements obliques ou mal adaptés aux plans, la présence de niveaux entresolés dans le logis [etl’avant-corps ?] et divers détails inclinent pour la main de Serlio en 1550…  plutôt que Delorme ou Primatice. Et Georges Pillement cite Philippe de Cossé-Brissac et Jean-Charles Moreux architecte BCPN, convaincus dans les années 50, que « le célèbre architecte italien Serlio est sans doute » l’architecte de Maulnes, inspiré… de Caprarola… car Serlio, élève de Peruzzi, élevait non loin de là, le château d’Ancy-Le-Franc… De fait c’était en 1546, 20 ans avant Maulnes, et Serlio mourrait en 1554, deux ans avant le mariage d’Antoine et Louise, mais un an après François Du Bellay, premier époux de Louise de Clermont… MAULNES pourrait être le dernier ouvrage de Serlio, si tardif qu’il échappe à toute publication ! ? –

 

Encore peut-on envisager le projet « primitif » datant des Clermont, simultanément et complémentairement à celui d’Ancy-Le-Franc (1541-46) éventuellement en collaboration avec Vignole, présent en France à cette époque; projet qui aurait été cédé en novembre 1550, par Antoine III de Clermont à sa soeur Louise et à son beau-frère François Du Bellay en même temps que le comté de Tonnerre et la forêt de MAULNES ? Pourquoi, dans ces conditions, le projet serait-t-il resté confidentiel ? Serait-ce du fait qu’il ait été rémunéré et réputé devant être construit ? Ce qui sera bien le cas ultérieurement, après actualisation !

 

- DELORME à MAULNES ! Jean-Marie Pérouse de Montclos considère Philibert Delorme architecte de MAULNES, pourtant très occupé des Tuileries à la période qui nous intéresse… Cependant Delorme a pu être sollicité dès 1550-52, puis à nouveau, ou seulement en 1563-66 malgré ses charges du moment, pour une reprise facilitée par l’existence du projet primitif; ou peut-être, un peu plus tardivement, seulement pour la galerie et ses combles étendus à l’ensemble de l’avant-corps qui ont pu aussi être montés sans qu’il intervienne à proprement parler. Et à nouveau Georges Pillement(France Inconnue Sud-Est,Grasset,1955;p.192): Delorme est réputé aussi, sans aucune preuve, être l’architecte du Duché d’Uzés, bâtiment aux trois ordres superposés, très élégant  dont le rez-de-chaussée dorique rappelle son hôtel Bullioud à Lyon, 1536; et les deux étages supérieurs évoquent son pavillon central des Tuileries; comme si de vrais liens existaient entre Philibert, Antoine et Louise; à Uzés ou à Tonnerre [l’Hôtel Canelle], si ce n’était à MAULNES !

 

- PRIMATICE plutôt connu comme peintre et sculpteur a eu également une activité d’architecte débordante, omnipotent à Fontainebleau [Cour Ovale] durant la décennie 1540, puis [Aile de la Belle Cheminée] durant la décennie 1560. A proximité de MAULNES, il a beaucoup fréquenté Ancy-Le-Franc puisqu’il y succède à Serlio, mais aussi Tanlay et Vallery où il a collaboré avec Lescot. Lui aussi a pu être sollicité dès 1550-52, puis à nouveau, ou seulement, en 1563-66.

 

Primatice et Delorme sont les deux ténors du moment, omniprésents dans le paysage architectural français, entre lesquels ce n’est qu’un perpétuel « jeu de chaises musicales »… l’un ou/et l’autre, décédés en 1570, sembleraient adéquats à la sophistication de MAULNES - qui est savant (Carminati) - à ce concentré d’intelligence et d’élégance, de sensibilité à sa situation et à son époque.

 

Pourquoi l’anonymat de l’architecte ? Surtout aussi célèbre qu’on le souhaite ? Serait-ce que règne la reine-régente depuis 1560, alors qu’elle était auparavant négligée… alors ne pas « faire ombre » à la souveraine et à ses chantiers dont elle est l’architecte en chef ! Voir les cas précédents des Tuileries et de François I (Terrasse,p.208).

 

Serait-ce aussi la complexité de la situation qui a occulté les noms de deux ou même trois éventuels intervenants majeurs, dont on peut penser que la personnalité des Du Bellay/Crussol a obtenu leurs collaborations; mais plutôt l’anonymat qu’une paternité partagée ?


Alain Oudin, architecte DESA (1969)

III° cycle stage d’aménagement et d’urbanisme Tony Garnier (1971)

auteur-critique, directeur de galerie d’art depuis 1977.

 

 

 

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