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Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!

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Tintin et le curé...

 

Retrouvé dans nos archives voici un article paru dans le Bourguignon. Henri PROT dit "Tintin"(Pigiste pour le Bourguignon à ses heures perdues) notre célèbre fabriquant de sécateurs y rapporte ca rencontre houleuse avec le curé de Rugny.  

Cet article  est suivi des échanges epistorales entre "Tintin" et les représentants ecclésiastiques.

 

 

"Extrait du Bourguignon du 5 mai 1917"...

 

 

 Le 1er Mai 1917, dans l'après midi, je travaillais dans mon jardin. A ce moment de la journée M. l'Abbé Augagneur, curé de Rugny, se trouvait à proximité. N'ayant probablement rien de mieux à faire, et bien que sachant, pertinemment, que depuis 9 ans qu'il exerce à Rugny, que je n'ai jamais recherché sa société, il a cru bon d'entrer vers moi. Entre parenthèses, il n'y avait aucun mal à cela, je le reconnais volontiers. Tout de suite, l'entretien s'est engagé sur le lancinant sujet de la brûlante actualité : la guerre.

 

Mais nous n'avons pas été longtemps d'accord. M. le curé de Rugny est d'un tempérament fort irritable. Il aime bien que toujours on l'approuve. Il déteste la contradiction et se fâche très facilement si l'on a le mauvais goût d'avoir une manière d'appréciation différente de la sienne. C'est ce qui est arrivé. M'ayant déclaré, avec une extrême violence, "la France a ce qu'elle mérite" -la phrase est textuelle et je ne voudrais pas la déflorer-Parce que la République a enlevé au clergé, et l'on sait pourquoi, le produit des fondations de messes, nous ne nous sommes plus entendus, mais plus du tout!

A ma réplique, qui a encore eu le don, de l'exaspérer davantage, mon interlocuteur s'est fâché tout rouge.  "Vous ne savez pas ce que vous dites. Vous n'êtes qu'une bête!" m'a-t-il crié d'une voix à être entendu d'une lieue, bien que nous ne fussions qu'à deux pas l'un de l'autre. Sans perdre une minute, très calme et maître de moi, je me suis permis de prendre M. l'abbé par le bras et de le conduire vers la porte en lui disant: " Puisqu'il en est ainsi, M. Augagneur, vous allez me faire le plaisir, je vous prie, d'aller me qualifier de bête dans la rue." Ce disant, je l'ai mis poliment dehors.

La vérité m'oblige à reconnaître qu'il s'est laissé faire fort docilement. Et l'incident a été clos. C'est alors que j'ai cru devoir envoyer au Bourguignon d'Auxerre une communication à ce sujet, laquelle a paru dans le numéro du 5 mai 1917.

Naturellement, le curé de Rugny possédait le droit de me répondre. Il l'a fait tardivement, je sais très bien pourquoi, mais enfin il l'a fait, ou, plutôt on l'a fait à sa place (Bourguignon du 9 juillet 1917), une longue, filandreuse et nuageuse élucubration, bien éloignée, et pour cause, du sujet que j'avais traité, du coup direct que j'avais porté. Il est difficile, en effet, de justifier un mauvais cas.

 

Réponse de l'Abbé AUGAGNEUR à suite de l'article du Bourguignon Henri "Tintin" PROT. 

 

(Tintin)"J'avais presque oublié ces petits démêlés avec M. AUGAGNEUR lorsque, trois semaines plus tard, il a jugé à propos de réveiller le chat qui dormait. C'était le 1er août. Je reçus ce jour, sous enveloppe à 15 centimes, la bande même qui m'avait servi à adresser le Bourguignon du 5 mai au curé-doyen de Cruzy, avec la petite lettre ainsi conçue:

 

Rugny, 31/7/17.

 

Mon cher paroissien,

 

La loyauté exige que vous envoyiez la réponse comme vous avez envoyé la question. La même bande, écrite de votre main, pourra vous servir à nouveau. Votre tout dévoué,

 

Signé:  C. AUGAGNEUR.

 

(Tintin): "Somme toute, cette courte missive, en elle même, était bien inoffensive. Néanmoins, comme mon habitude est d'avoir le courage de mes opinions et de mes actes, le lendemain, et non deux mois après, j'ai adressé à son auteur la réponse suivante:

 

 

 

 

Mon cher pasteur, 

 

"La loyauté exige" que je reconnaisse, ce que je fais bien volontiers du reste, avoir "écrit de ma main" la bande manuscrite jointe à votre lettre du 31 juillet, en la fête d'Ignace de Loyola, néfaste fondateur de l'Ordre non moins néfaste de la compagnie de Jésus. Cette bande m'a servi, en effet, à adresser à M. le curé- doyen de Cruzy, ce que vous appelez improprement "la question". C'est à dire, pour m'exprimer d'une façon plus correcte et plus française, le numéro du 5 mai dernier de cet odieux Bourguignon "bouffe- curés" contenant l'insertion que j'ai cru devoir vous dédier. Ce faisant, j'ai essayé de toucher juste.

Votre attitude me confirme que j'ai réussi. Tant mieux. J'en suis satisfait. J'ai ressenti le désir de vous d'adresser à votre supérieur "la question". Nul ne pouvait m'en empêcher, pas vous même. Si, de votre côté, vous éprouvez celui de lui faire parvenir la réponse, libre à vous. C'est votre tour.

Petit conseil; celui d'un adversaire oui; d'un ennemi, non. Voici: L'époque est aux économies, vous le savez. A moins d'avoir de trop (heureux mortel êtes-vous si c'est le cas), n'employez pas le papier timbré, ainsi que vous l'avez fait, sans nécessité, avec le Bourguignon. Cela coûte trop cher, voyez-vous. Vraiment, vous faites les choses d'une façon royale. Au lieu de donner mal à propos 15 francs à un huissier, lequel rira de vous derrière votre dos, soyez plutôt modeste. Faîtes, comme moi. Un simple timbre de 2 centimes suffira.

Il m'en reste un, justement. Je vous l'offre, avec la "bande écrite de ma main", de sorte qu'elle "pourra servir à nouveau". Venez chercher les deux objets; je les tiens à votre entière disposition. J'aurai le plaisir, en même temps, de vous faire déguster, de grand coeur, le verre de bon marc que vous ai refusé, en février 1915, lorsque vous êtes venu vous inviter si effrontement chez moi.

De fabrication toute récente à cette époque, j'ai tenu à le laisser vieillir pour le bonifier. J'attendais l'occasion qui se présente afin de vous y faire goûter.

Je suis tout heureux de la saisir. De la sorte, votre palais de gourmet sera bien mieux à même d'apprécier sa finesse et son goût. Je vous attends.

 

Votre tout dévoué, Henri PROT dit: Tintin- Boutient.

 

P-S: Sachez bien, mon cher pasteur, que ce n'est pas la Puisaye seulement qui peut fournir des clercs capables de vous répondre.

 

H.P

 

"Les lecteurs non initiés se demanderont ce que signifie cette allusion relativement au petit verre de marc; par exemple, à ceux qui habitent le rayon ou exerce M. le curé de Rugny, je conseille de s'adresser à lui-même. Il est absolument fondé pour donner tous renseignements, tous éclaircissements nécessaires. Ne voulant pas que M. le curé- doyen de Cruzy, que je n'ai pas l'honneur de connaître, pût supposer que je me couvre le visage d'un masque, je lui fis parvenir, le 4 août, le lettre suivante:"

 

 

 

Monsieur le Curé,

 

Ayant reçu, le 1er courant, de M. l'abbé Augagneur, curé de Rugny, la courte lettre ci-dessous, je vous prie de bien vouloir me permettre de vous la communiquer. La voici:

 

Mon cher paroissien, ect...

Mon cher parteur, ect...

 

Certains passages de ma réponse vous paraîtront, Monsieur, sûrement obscurs. M. Augagneur est qualifié pour faire la lumière à ce sujet et pour éclairer votre compréhension. Il y mettre, j'en suis persuadé, tout son empressement.

Cela dit, j'ajouterai que c'est bien moi, en effet, Monsieur, pourquoi le cacherais-je, qui vous ai fait parvenir le journal que vous savez. En présence du cataclysme, sans précédent dans l'histoire, qui convulse les deux mondes, j'ai voulu, sans me poser en redresseur de torts, vous faire juge de ce qu'est criminelle et sacrilège, dans la bouche d'un Français, cette abominable phrase: "la France a ce qu'elle mérite" surtout lorsque ce Français est un prêtre.

En m'adressant la fameuse bande "écrite de ma main", le curé de Rugny a cru me couvrir de confusion. Erreur, erreur profonde; qu'il se détrompe, il n'en est rien. Il a pris son désir pour des réalités.

Un républicain sincère, même s'il est anticlérical, Monsieur, de même qu'un catholique sincère, n'a pas à rougir lorsqu'il dit la vérité, lorsqu'il accomplit, en toute connaissance de cause, un acte qui n'est point blâmable, un acte qui ne le déshonore pas.

Quoi que vous puissiez penser, Monsieur, j'ose dire être dans ce cas. En l'occurrence, celui qui devrait rougir, c'est celui qui prononce, audacieusement, la phrase odieuse incriminée; celui qui n'a point honte d'une pareille infamie; celui qui semble se réjouir des deuils et des malheurs immérités de tant de frères; celui, enfin qui commet un tel crime moral envers la Patrie, envers la Patrie sanglante et mutilée.

M. Augagneur a trouvé mon procédé mauvais. Je l'en crois sur parole - en me mettant à sa place-

Si, dans le différend qui nous divise, lui et moi, il y a déshonneur, ce déshonneur a été encouru par l'un des deux. C'est une simple question de bonne foi.

 

Veuillez recevoir, Monsieur le Curé, je vous prie, l'expression de mes sentiments respectueux.

 

 Henri PROT

 

Et ce fut tout. Jusqu'à présent, je n'ai absolument rien reçu de mes correspondances ecclésiastiques.

 

Henri PROT Rugny, Septembre 1917

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G
Je voudrais préciser ici que cette période de la grande guerre ( dédut du mois d'avril 1917 ) correspond à la plus grande crise qu'ait connu de l'Armée Française. L'échec de l'Offensive NIVELLE au chemin des Dames y est pour quelque chose.<br /> Le fait que les USA aient décidé de rentrer dans cette grande guerre le 2 avril 17 avait exacerbé les patriotismes et la colère de certains.<br /> Ceci explique peut-être cela.
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B
Est-ce convivial de dire qu'on mange du curé tous les matinS et qu'on en est fier CH ?<br /> Personnellement je ne le crois pas.<br /> Bonne journée et que Dieu vous garde.<br /> Bouzu
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C
Bouzu,<br /> Vous êtes quelqu'un de sensé et  respectable. Votre remarque est recevable, la forme l'est moins.<br /> Essayons de garder un minimum de convivialité. Même si  vous ne partagez pas tous les mêmes opinions! <br /> Merci de votre compréhension. <br /> be cool ;-)<br /> CH
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M
C'est avec un vif intérêt que j'ai lu l'évocation de l'altercation et l'échange de courrier entre Tintin et le curé Augagneur. Je comprends mieux pourquoi j'ai un penchant à manger du curé tous les matins. Rien que pour cette évocation historique, je suis fier d'être né à Rugny. <br /> Je vous informe également que j'utilise encore chaque fois que nécessaire un sécateur fabriqué par Tintin pour tailler mes rosiers.<br /> Bien amicalement aux gens de Rugny
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