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Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!

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Les rendez-vous de Maulnes: Partie I

Comme il était précisé  dans l'article du 11 juin 2007 "Maulnes vu par Alain OUDIN"  présentant les travaux réalisés par Monsieur OUDIN, je vous invite aujourd'hui à découvrir la première partie  "Les commanditaires de Maulnes". Vous découvrirez en préambule, faits historiques et nouvelles hypothèses concernant le célèbre pentagone.



(Par Alain OUDIN)
MAULNES
appartenant à Louise de Clermont-Tallart,

épouse de François Du Bellay en 1539,

Comtesse de Tonnerre en 1540, première duchesse d’Uzès en 1565

 

 

MAULNES, château-logis proche de Cruzy-le-Chatel, Tanlay et Ancy-Le-Franc, au nord du département de l’Yonne, reste une extraordinaire composition de la seconde Renaissance française, parmi Les plus excellents bastiments de France réunis en deux volumes par l’architecte Jacques I Androuet Ducerceau: le premier achevé en 1576, comprenant Manne [MAULNES], le second en 1579, publiés à cette date par Morel à Paris. Ducerceau sauve MAULNES… dont il n’est cependant pas l’auteur !  L’histoire de MAULNES s’éclaire aux différences mêmes entre ce «reportage» publié par Ducerceau et la réalité archéologique mise à jour, en vue de restauration par son nouveau propriétaire, le Conseil Général de l’Yonne. Ses commanditaires sont deux personnalités méridionales, Louise de Clermont-Tallart et Antoine de Crussol, favoris de Catherine de Médicis. Régente pendant le troisième quart du XVIème siècle, elle tâchait d’éteindre les guerres de religion qui ravageaient la France en prônant déjà l’innovation, insensée à l’époque, d’état laïc. Un principe auquel ses favoris adhéraient, quoique de « la religion », c’est à dire protestants. MAULNES qui capitalise bien des caractères remarquables de constructions contemporaines, est sûrement l’œuvre d’un ou de plusieurs grands architectes, mais encore inconnus… Serlio… Primatice… Delorme… Bullant … Goujon… Lescot… X ! ?  Enquête…

 

Deux histoires parallèles se déroulent emmêlées: l’histoire assez courte de Ducerceau et de sa relation aux acteurs de MAULNES, dont [seules ?] ses gravures publiées en 1576 rendent compte. Histoire qu’il faut démêler de celle beaucoup plus longue de Louise de Clermont et ses deux époux: leur relation depuis 1540 à la forêt et à leur « logis » de MAULNES dont rendent compte tous les autres documents, y compris les dessins « retrouvés » chez Ducerceau.

 

DE  NOUVELLES  HYPOTHESES

 

L’analyse archéologique de l’état actuel du logis de MAULNES permet de dessiner à peu près les plans de son chantier et de ses repentirs pendant 10 ans, de 1566 à 1575. En revanche les différences très considérables révélées par le rapprochement de ces plans et des « documents Ducerceau » permettent de poser l’hypothèse suivante: la plus grande partie de ces documents serait ceux d’un projet antérieur, au plus tôt autour de 1550-53 quand les Du Bellay organisaient l’exploitation de leur forêt; au plus tard autour de 1562-63 quand les Crussol organisaient à leur tour cette exploitation; d’où très vraisemblablement l’intervention de plusieurs architectes… l’un [Serlio ?] autour de 1550, l’autre [Primatice et/ou Delorme ?] ensuite, entre 1563 et 1570 ?

 

Ces différences très considérables issues du rapprochement de l’analyse archéologique de l’état actuel de MAULNES d’avec les gravures qu’en a présentées Ducerceau, et des dessins « dits de Ducerceau » [supposés relevés préparatoires aux gravures ?] concernent notamment le niveau1 du nymphée devenu plus simple, mais aussi toute la façade sud dont précisément celle du nymphée largement ouverte au soleil et maniériste par son aspect « ruiné »; enfin la façade d’entrée au nord composée de deux pans du pentagone, dont le nombre de travées de baies, sur les 3 niveaux supérieurs, est passée de 7 unités sur les dessins, à 5 dans la réalisation avec toutes les modifications de plans que cela suppose. Ces éléments et quelques détails comme la transformation du vestibule en porche qui finalement redeviendra vestibule fortifié et l’ajout de 4 cheminées, permettent de poser l’hypothèse qu’une partie de ces plans serait ceux d’un projet antérieur, partiellement actualisé chez Ducerceau par le dessin en façade nord de 5 travées de baies, et de la seconde enceinte générale.

 

Autour de 1550, Louise de Clermont-Tallart-Husson et son premier époux François Du Bellay organisent l’exploitation de leur forêt de MAULNES, et par conséquent auraient projeté, pour eux et leur fils, d’y construire une nouvelle résidence sur une fontaine à la place d’un château ruiné. Dans le même temps Serlio et Primatice se suivent à la construction d’Ancy-Le-Franc pour le frère de Louise; Delorme construit Anet pour Diane de Poitiers, dont la jeune sœur Françoise a épousé ce frère de Louise. François Du Bellay meurt en 1553 et son fils Henri le suit d’un an. Emportent-ils dans la tombe ce projet de construction ? Henri à la mort de son père, avait été titré à son tour comte de Tonnerre, signe d’attachement à ce patrimoine qu’est la forêt de MAULNES. De nouvelles recherches aux archives Du Bellay et Husson, de leurs fiefs d’Anjou, du Poitou et du Cher, durant les décennies 1540-50, compte tenu des procès de succession intervenus, révéleraient d’autres justifications d’une telle hypothèse… ? 15 ans après, la même situation préside à la construction de MAULNES ! C’est aussi la disparition d’Antoine de Crussol, 20 ans après celle de François Du Bellay qui arrêtera le chantier. Cette hypothèse liée à Serlio, était déjà posée par Pierre du Colombier et Naomi Miller, mais plus liée à la proximité d’Ancy-Le-franc, qu’explicitée par l’histoire propre de Louise de Clermont-Tallart: son premier époux François Du Bellay, et leur fils Henri.

 

Ce projet pré-existant illustré notamment par la gravure de Durand, disciple de Boullée expliquerait alors la mise en œuvre rapide de la construction en dépit de difficiles conditions de préparation tenant au périple de la cour en France, entre janvier 1564 et mai 1566. Il y a très sûrement une nouvelle intervention d’architecte; le premier ou un autre; quand bien même la personnalité des commanditaires, férus d’humanisme et d’architecture peut donner l’impression de pouvoir se passer de conseils extérieurs. Ce peut-être Primatice ou Delorme qui dessinent les quatre nouvelles façades issues des modifications que la réalisation présente tant au sud, spécialement en partie basse, qu’au nord sur toute la façade. Pour leur part les façades latérales témoignent sans doute du respect du principe originel de l’escalier - morceau de bravoure de MAULNES - et de son éclairage par des ouvertures verticales axées, devenues presque des failles continues du bas en haut; le percement des façades principales se retourne au rez-de-chaussée et à l’étage noble de ces élévations latérales: l’architecte créant au final des façades d’une indiscutable harmonie, caractérisée par une sorte de « vibrato » tenant à d’indiscernables mais volontaires nuances [pour 1/6 en largeur] des percements.

 

Ducerceau par sa publication des « plus excellents bâtiments de France » en 1576, crée une extrême confusion en restituant partie des plans primitifs [1550 ?] dont les communs, associés à une partie des élévations de 1566-73. Ce « collage » ayant été finalement perçu… ce collage qui a entraîné plus de perturbation que d’information pour la compréhension de l’histoire de MAULNES… décision est prise de repousser l’analyse critique du « MAULNES de Ducerceau » au temps de sa publication, simultanément à « l’abandon » en 1575-76 de MAULNES par Louise, à nouveau veuve; cette fois, d’Antoine de Crussol.

 

Une reconstitution de MAULNES, par infographie interactive en 3 dimensions, permettra la simulation de ses  états successifs, celle des volumes disparus, et celle des divers cheminements dans le site et le bâti avec leurs perceptions offertes, à l’issue du chantier en parallèle au site actuel. Est-elle programmée ? 

  

-1-  LES  COMMANDITAIRES  DE  MAULNES

 

 

Louise de Clermont-Tallart (1504-96) qui héritera en 1539 de sa mère Anne de Husson, le comté de Tonnerre, très proche du pouvoir par sa personnalité, l’est particulièrement des architectes Serlio, Primatice et Delorme, par sa famille, ses alliances et ses voisins en Bourgogne: Louise à la cour de 6 rois, de François I à Henri IV, et appréciée d’eux: nommée dès 1524 à 20 ans fille d’honneur par Louise de Savoie, mère de FrançoisI; Louise mariée en seconde noce à un homme de vingt ans son cadet, à l’égal du couple formé par Henri II et Diane; Louise que Catherine de Médicis (1519-89) favorise en 1559, à la mort d’Henri II en nommant Chevalier d’honneur son mari Crussol qui était militaire donc nomade et elle ensuite, maîtresse de l’escadron volant des quatre-vingts Filles d’honneur; Louise très proche amie et confidente de la reine comme de ses enfants, les princes Charles, Henri et Marguerite; Louise dont le premier mari François Du Bellay grand seigneur et chef de « maison », mort en 1553, était le neveu-germain du cardinal et de son frère Guillaume, tous deux commanditaires prestigieux de Delorme: le cardinal Jean pour Saint-Maur entre 1541 et 44, et Guillaume pour les fortifications en Piémont auxquelles Delorme aurait travaillé initialement. Puis après le chantier du château de Saint-Maur, Delorme conduit celui d’Anet de 1545 à 53 pour Henri II et Diane de Poitiers dont la sœur Françoise est l’épouse d’Antoine III de Clermont, frère aîné de Louise, et propriétaire d’Ancy-le-Franc, chantier conduit par Serlio en 1542-46, dont la mort en 1554, amène Primatice à prendre le relais. Lequel interviendra également, lui ou son atelier, au château de Tanlay, voisin de MAULNES et d’Ancy-Le-Franc, pour peindre à fresque le dôme de la tour de la ligue, à la demande du fils de Louise de Montmorency, François d’Andelot de Coligny. Andelot et le cévenol Crussol, comme la dauphinoise Louise de Clermont étaient réformés; Andelot finalement opposant à la couronne; les Crussol fidélisés depuis juin 1563 et récompensés pour leur tolérance religieuse par leur élévation à la dignité ducale par Charles IX en mai 1565, le premier duc  qui ne soit pas prince du sang!

 

Le chantier de MAULNES s’étalera sur plusieurs années; habité à partir de 1570; mais non achevé à mi-août 1573, quand Antoine de Crussol meurt d’une maladie contractée au siège de la Rochelle (novembre 1572 - 6 juillet 1573) auquel il a participé avec son frère Jacques. La mort de Crussol précède de neuf mois celle de Charles IX, le 30 mai 1574. – Dés décembre 1573 Louise négocie en vain avec la reine l’échange des comtés de Lauragais et de Tonnerre… Or il existe à la Bibliothèque Municipale de Tonnerre une « carte astrologique » de Maulnes datée de 1574, toujours inédite et dont le contenu reste à analyser. Est ce à l’intention de la Reine dont on connaît la passion pour l’astrologie que cette carte a été établie ? Pourquoi cette négociation échoue-t-elle ? Pour fixer Louise à Tonnerre, et donc à proximité de la cour ? Pour écarter le risque pour la couronne de voir le Lauragais, terre lointaine de Languedoc, échoir en mains moins sûres ? en l’occurence celles de Jacques d’Assier, frère et successeur d’Antoine de Crussol dans ses titres, rallié à la couronne juste avant La Rochelle… Jacques qui rentrera également en procès de succession avec sa belle-sœur Louise ?

 

 

Les préalables au chantier

 

le 7 mai 1566, Antoine de Crussol passe les marchés de charpente et de maçonnerie … les travaux de charpente sont conclus à prix fait, le marché de maçonnerie à la toise (au métré) suivant les plans, portraicts et montées convenues et accordées  entre les signataires. Quand, où, avec qui, se fait tout ce travail, dont il ne nous est, à priori, rien parvenu ? travail préalable à la signature des marchés, facilité évidemment si le projet pré-existait. Quels architectes étaient du tour de France de janvier 1564 à mai 1566 du roi adolescent Charles IX et de la cour, à qui sa mère présente son royaume, périple pendant lequel le projet de MAULNES a vraisemblablement continué de s’élaborer avec ses commanditaires ? Ce sont précisément ces questions que Laurence Carminati n’a pas posé, qui nous ont conduit à cette démarche sur MAULNES.

Le Périple de la cour en France de janvier 1564 à mai 1566

 

Le cortège de la cour compte plus de mille personnes; le service afférent, dix à quinze mille personnes. On aurait pu penser trouver le nom de l’architecte dans les chroniques et courriers sur et issus de ce voyage. Emmanuel Le Roy-Ladurie cite les auteurs « Boutier, Dewerpe, et Nordman, excellents chroniqueurs [plutôt analystes !] de ce déplacement » de Catherine de Médicis et de Charles IX, adolescent, accompagnés de la cour dont font partie Louise et Antoine. Janine Garrisson cite les auteurs précédents, puis Abel Jouan, maître d’hôtel de Charles IX, qui a laissé un itinéraire journalier déjà cité par Pierre de Vaissière avec le Journal de l’Estoile et celui de Philippi. Chercher dans les courriers émis ou reçus pendant ces 27 mois, courriers des commanditaires, ou de leur amie Catherine de Médicis… notamment parmi les dix tomes de sa correspondance, édités par H. de la Ferrière et G. Baguenaut de Puchesse en 1880-1909 ! Cette analyse des courriers a été effectuée par d’autres, sans résultat à ce jour… reste l’ouvrage de Louis ROMIER, Catholiques et Huguenots à la Cour de Charles IX, éd. Perrin, Paris, 1924.  

Durant le périple, Louise joue dans La Belle Genièvre, d’auteur inconnu, auquel Ronsard a contribué, dont la première est donnée à Fontainebleau, le 13 février 1564. Le 12 décembre 1564 c’est la fameuse visite au Pont du Gard, sur les terres des Crussol, puis aux arènes de Nimes, suivi 3 jours après du déjeuner de Charles IX et de Catherine au château des Crussol à Saint-Privat, sur le chemin d’Uzès. Pendant ce périple, en mai 1565, l’élévation des Crussol à la dignité de duc d’Uzès par lettres patentes du roi Charles IX, vraisemblablement depuis Mont-de-marsan séjour de la cour entre les 9 et 24 mai, venant de Bordeaux après ravitaillement, en route sur Bayonne pour la rencontre avec les Espagnols, grande affaire de ce tour de France

 

 

Quels architectes étaient du voyage ?

 

Avec qui, Louise de Clermont-Tallart et Antoine de Crussol ont-ils pu élaborer ou mettre au point leur projet de MAULNES ? Pour l’instant il n’y a pas de réponse à cette question et il semble qu’en France les auteurs des décors éphémères des « entrées de villes » et des spectacles soient plus des peintres comme Caron, maître des décors des fêtes du mardi-gras 1564 à Fontainebleau que des architectes; alors qu’en Italie, c’est Palladio, associé à Véronése et Tintoret qui créeront les décors de l’accueil de Henri III, en juillet 1574, à son passage à Venise, rentrant de Pologne pour succéder à son frère Charles IX. Caron que Georges Bataille dans une note sur les peintres maniéristes crédite d’une qualité essentielle pour un artiste : la « folie »; ainsi dans Les Larmes d’Eros : Antoine Caron (Beauvais 1520- Paris 1598) a été formé à l’école de Fontainebleau, sous le direction du Primatice. Sa peinture est liée à la manière de Niccolo dell’Abate, mais sa « folie » déborde largement le cadre de ses maîtres et de ses inspirateurs.

 

Par ailleurs, il est rapporté que les réformés notables - dont les Crussol ? - auraient quitté le cortège à Toulouse, priés par la reine de n’être pas présents à Bayonne pour éviter toute friction avec la cour espagnole ultra-catholique; les Crussol, faits ducs d’Uzès en gage de la reine au parti tolérant dit « politique » juste avant cette rencontre de Bayonne, auraient rejoints puis quittés la cour à Moulins. Dans cet intervalle de temps, de mai 1565 à janvier 1566, puis à nouveau à partir de mars, ils se seraient occupés de leur projet depuis Selles-Sur-Cher, dans le Berry ou à Paris ou encore entre Tonnerre et MAULNES et auraient pris le temps de le mettre au point… mais avec qui ? 

Fin partie I

 

Retrouvez la semaine prochaine la partie deuxième partie :"Les architectes contemporains de la construction de Maulnes"

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A
merci de noter que le prochain chapitre sur MAULNES<br /> concerne "LES ARCHITECTES CONTEMPORAINS<br /> de la construction de Maulnes"<br /> Il s'agit des architectes les plus connus dont on pense qu'ils comprennent le ou les architectes de Maulnes<br /> sans être sûr qu'il s'agisse <br /> DES ARCHITECTES DE MAULNES<br /> voyez la DIFFERENCE<br /> merci de bien vouloir préciser<br /> bien à vous et encore merci de votre initiative<br /> alain oudin
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G
Bravo pour la publication sur ce blog de cette très intéressante et érudite contribution sur la création du chateau de Maulnes qui complête les Cahiers publiés régulièrement sous l'égide du Conseil Général.Le chateau de Maulnes esy incontestablement l'élement emblématique du triangle Cruzy-Rugny-Villon.Gérard HENRY
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