Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!
En abordant le 3eme millénaire et ses lointains brumeux, nous nous trouvons un peu comme un marcheur qui éprouve le besoin de s'arrêter et de regarder le chemin parcouru en s'attardant sur les repères laissés en arrière.
Notre chemin à nous, c'est l'histoire et l'histoire ne se récrit pas! Il n'est pas inutile de dire, cependant, qu'au cours des nombreux siècles précédant le dernier, la vie de nos villageois n'avait guère changé et bien peu, malgré les recommandations du bon roi Henri IV, mettaient la poule au pot chaque dimanche.
A partir de 1900, tout s'accéléra. Les communications, plus faciles, provoquèrent un élan industriel et commercial prometteur. Elan qui fut vite mis au service de la nation entre 1914 et 1918. Le retour de la paix permit aux populations rurales, à Rugny comme ailleurs, de goûter à un progrès qu'elles n'avaient fait qu'entrevoir dix ans auparavant. C'est ainsi qu'Henri MORIZE acheta la première automobile du village en 1920. C'était une Ford de 21 chevaux, haute sur pattes et pétaradantes à souhait. Mais, si on lui donnait 12 ou 15 litres d'essence aux 100 Km elle passait partout, à condition, toutefois, de manoeuvrer savamment ses deux vitesses, avec sélecteur au plancher.
En 1928, l'éléctricité révolutionna les habitations du pays, en remplaçant progressivement lampes à pétrole et lampes tempête. Mais, attention, le souci d'économie de nos grands-parents ne perdit jamais ses droits car, au début, les ampoules ne dépassèrent jamais les 25 Watts. Heureusement on y vit plus clair au fil des jours. Les moteurs électriques apparurent également, mais beaucoup plus tard, qui remplacèrent les chevaux des vieilles tripoteuses.
Quelques années passèrent et les premiers postes de T.S.F-comme on disait alors- répandirent les nouvelles. Ce qui fut bien utile au cours de la dernière guerre. En effet, chaque soir, et au péril de leurs auditeurs, quelques familles écoutaient la voix de la liberté "Les Français parlent aux Français". Ce qui remontait le moral! Pour la deuxième fois au cours de cette première moitié du siècle, il fallut attendre une bonne dizaine d'années pour une suite qui s'annonçait au pas de charge. Car c'est en 1956 seulement que le premier tracteur fit son apparition chez Victor LARBOUILLAT. Selon son propriétaire, qui le chevauchait hardiment, c'était "un engin, de pauvre, car il coûtait plus cher en réparations qu'à l'achat".
Malgré cela, l'affaire était lancée et d'autres "engins" suivirent, qui remplacèrent les chevaux. En 1958, toujours dans la même maison, on peut admirer la première moissonneuse-batteuse. Mais attention, elle n'était pas auto-tractée comme maintenant. Et si l'attelage, -composé du tracteur et de la moissonneuse-batteuse, ne manquait pas de pittoresque, il ne manquait pas non plus de soubresauts, sans compter les éclats de voix du propriétaire.Comme pour les tracteurs, c'était parti et bien parti... On n'arrête pas le progrès!Et comment l'arrêter avec l'arrivée des premiers téléviseurs en noir et blanc, des frigos, ect...
Comment arrêter le progrès avec l'eau courante sur nos éviers en 1967. Et s'il n'y avait que nos éviers! Pensez-donc, plus de corvée de remplissage de seaux à la citerne! Et bientôt le triomphe de la machine à laver. Qu'en a pensé le vieux lavoir qui n'entendra plus les commérages hauts en couleurs de ses habituées, ni leurs coups de tacottes sur le linge soigneusement plié et replié?
Un lavoir heureusement réhabilité par une Municipalité qui sait fort bien que le respect du passé est gage d'avenir. Mais la roue tourne, inéxorablement... Rugny entame les dernières vingt-cinq années du siècle, lorsqu'il va se produire un évenement considérable.
Souvenez-vous... 1976. Sauve qui peut chez les campagnoles, les lièvres et les perdrix. C'est le grand chambardement! On remembre, adieu les haies et les bouchons d'épines! Boujour les grandes étendues et les engins sophistiqués. Trois, quatres puis cinq socs retournent terre et cailloux.
Même les larves sont tirées de leur sommeil. Des engrais, des pesticides, des herbicides et des tas de produits aux noms barbares abreuvent une terre ancestrale qui n'en demandait pas tant. Le laboureur devient chimiste et l'éleveur informaticien. Nos grands-parents y perdraient leur patois.
Mais il faut bien ça pour nourir un monde de plus en plus nombreux et de plus en plus exigeant. Il faut bien ca aussi pour des rendements cinq fois supérieurs aux récoltes d'autrefois. Il faut bien ça enfin pour redonner aux hommes le goût d'une nature qu'ils ne cessent de défigurer...
Vous pensez sans doute que l'on va faire une pause. Et bien, pas du tout, car pour clore le programme de cette fin de siècle, vlà t'y pas que des p'tits malins tentent de tripoter le reproduction de tout ce qui vit... y compris la nôtre!
Que les gens du monde entier vont être reliés entre eux au sein d'un grande toile... L'Internet.
Et par dessus tout ça, hardi que je te consomme du carburant, hardi que je te consomme de l'éléctricité...Toutes énergies non renouvelables! Y pensez-vous jeunes et moins jeunes qui me lirez?
Vaste problème aurait dit quelqu'un de célèbre, mais problème inquiétant tout de même et qui nous pend au nez comme un sifflet de deux sous!
Allons, soyons optimistes quand même, et bonne route à tous, pour le troisième millénaire.
A Rugny, ce 31 décembre 1999
Marius COURTAUX