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Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!

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L' Ane du père Tatas et l'Aviation Française

Mon voisin d'alors, Anastase BINET, arrière grand-père de Daniel BINET, mon voisin actuel était bien sympathique. Portant moustache et impériale au menton, on l'appelait le père Tatas. Notre homme, les jours de fête, s'essayait à la chansson avec notamment quelques bluettes ramenées d'Indochine, souvenirs de son Service Militaire effectué dans cette lointaine colonie. 
Ce qui, bien entendu, lui conférait respect et considération. A vrai dire, l'admiration que les gens du pays lui portaient était doublée d'une certaine curiosité. Car notre brave hommeallait aux champs ou à sa vigne en voiture à âne, ce qui ne manquait jamais de pittoresque et quelques fois même d'imprévu. L'âne du père Tatas avait le poil frais et l'allure martiale. En fait, c'était une ânesse, Manette, pour l'état-civil...  Si Manette avait les qualités d'endurance et de sobriété de sa race, elle en possédait également les défauts, ce qui en faisait, bien sûr, tout son charme. En effet, le père Tatas n'était pas toujours sûr sur d'arriver à destination, car, selon l humeur du jour, Manette avançait quand et où cela lui plaisait, et reculait selon son bon plaisir, c'est à dire pas souvent... 

Et l'Aviation, dans tout ça, me direz-vous? Soyez patient, comme notre ancien du Toukin, car nous y arrivons! En effet, dans les années 37 ou 38, avant la dernière guerre, un biplan de l'Armée de l'Air, à la suite de je ne sais quelle panne, avait fait un atterrissage forcé sur le finage de Trichey, en grivet exactement, à une encâblure de la route de Rugny audit village.
Gros évènemment pour la population locale, qui se pressait pour examiner de près cette étrange machine inconnue de la plupart. C'est ainsi que le père Tatas, dont les jambes commençaient à faiblir, décida d'atteler Manette, pour aller, lui aussi, en Grivet. Comme il disposait d'une place sur la planche qui servait de banc dans la voiture à âne, il proposa à ma grand-mère de l'emmener. N'ayant également jamais vu d'avion, c'était l'occasion ou jamais. Donc, par un bel après-midi,  le père Tatas, la casquette propre vissée sur la tête et ma grand-mère en caracot neuf, prirent place dans la voiture, l'espoir au coeur et rajeunis de vingt ans! Manette elle-même, docile comme jamais, prit gentiement la direction des Chemins-Lorrains pressentant sans doute, elle aussi, qu'elle allait vivre un grand moment.

Après avoir gravi la côte d'un pas de sénateur, elle entreprit même un petit trop léger, qui réjouit fort nos deux voyageurs. C'est en bas, vers les prés, que les choses commencèrent à se gâter. En effet, Manette réduisit brusquement l'allure, pour tendre une oreille attentive. Quelques centaines de mètres plus loin, elle fit même bouger ses deux oreilles, signe qu'une sourde inquiétude l'envahissait. Malgré celà on avançait, mais d'une manière plus chaotique. En arrivant enfin en vue de la foule qui entourait l avion, nos deux compères s'apprétèrent à mettre pied à terre. Ils n'en eurent pas le temps, car, à ce moment précis, Manette, encensant ses passagers, partit ventre à terre, cependant que le père Tatas et ma grand-mère, déséquilibrés et secoués comme dans un panier à salade, se cramponnaient, l'un à sa casquette et l autre aux ridelles se demandant bien, eux aussi, où ils allaient atterir...
Trichey fut atteint à une vitesse record et la randonnée continua sans interruption aucune, le père Tatas n'étant plus maître à bord. Au centre du pays et sans hésitation, l'ânesse soucieuse sans doute de l 'orientation, entama la montée vers Thorey, en soufflant un peu pour reprendre une allure plus soutenue dans la descente vers le village, le père Tatas récupérant tant bien que mal la direction des opérations. 

Enfin calmée, Manette boucla la boucle, en ramenant la voiture à son point de départ. Et nos deux voyageurs, pleins de poussière et éreintés  , contemplèrent avec soulagement la porte de l'écurie près de laquelle Manette les déposa. Ma grand-mère qui n'avait strictement rien vu de l 'avion se souviendra longtemps de cette expédition. Car il faut tout de même dire, qu'au prix d'effroyables courbatures, cette randonnée touristique imprévue l'avait conduite à Trichey et Thorey, deux villages voisins où elle n'avait jamais mis les pieds.
L'émotion calmée et enfin dépoussiérée, elle jura, mais un peu tard, comme le héros de La Fontaine, que le père Tatas ne l'y reprendrait plus...


Rugny, Août 1997

Marius COURTAUX

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