Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!
Pour rire un peu…
Vous avez apprécié, je pense, les pittoresques démêlés de mes ramasseurs de crottes, qui, il y a un demi-siècle, sévissaient dans le haut du pays.
Or, la concurrence rude et toujours déloyale de ces messieurs- dames, entraînait des conflits permanents et des joutes oratoires particulièrement animées, à la grande joie des voisins….
Parmi ces manieurs de balai, Tintin, et Tonia, aussi inséparables que différents, défrayaient la chronique locale par leurs disputes et leurs « rabibauchages » permanents. Si j’ai déjà conté une anecdote concernant un coup de balai de l'une sur la casquette de l autre, il me revient en mémoire quelques travers de ces deux personnages. La plume m’en démange de vous les conter dès maintenant pourquoi pas ? Honneur à la dame !
Un œuf dans le bouillon.
La rumeur publique attribuait une large aisance à notre amie Tonia. Ce qui ne l’empêchait nullement de ramasser des crottes et d être avarice à toute épreuve. Bref, rapiate comme c’ était pas possible. Sa recette, pour cuire un œuf à la coque était d une simplicité limpide. Inutile de faire bouillir de l eau, c’était bien superflu. Il suffisait de le faire tremper dans le café du matin ou à la vapeur du soir… Ce qui présentait deux avantages :
- L œuf était cuit sans allumer un autre feu
- Le café ou la soupe étaient refroidis à la température convenable.
Etonnant, non ?
L’eau ferrugineuse.
Tonia, parait-il manquait de fer. Allez savoir qui lui avait collé cela dans le tuyau de l’oreille… Quoique je soupçonne fort son voisin le désormais célèbre Tintin ! Quaut au fer, à part l’eau…
Toujours est-il que la dame, croyante par-dessus le marché avait pris la chose très au sérieux. Mais voilà, si Bourvil parlait savamment de l’eau ferrugineuse, c’est qu’il en avait ! Allez donc vous servir de l’eau de Rugny et en boire des litrées, vous n’aurez jamais que du calcaire…
Il fallait donc trouver le moyen d’ajouter à notre eau le fer qui lui manquait. Qu’à cela ne tienne ! Un peu d’eau innocente au fond d’une casserole, une poignée de clous obligeamment fournis par Tintin et le tour était joué ! Il suffisait de remuer de temps en temps, et au bout de quelques jours, la rouille teintait le breuvage d’un brun clair, qui ne laissait aucun doute sur sa teneur en fer. Le remède était alors prêt à la consommation et très bon parait-il, d’autant plus qu’il ne coûtait rien…
Ce qui, amusait son voisin, conférait à la dame une ardeur nouvelle et des pattes d’acier. Esseyez donc, si la médecine vous trouve déficient…
"J’en veux qu’des blanches"
Ami lecteur, vous pouvez vous arrêter là, car la suite va vous contraindre à voler bas…
Mais, que voulez vous, je n’y peux rien ! Voilà donc ! De tout temps en manipulant du bois, des outils divers, on s’est fait des écorchons, des coupures. Quelquefois même, ces petits maux tardent à ce guérir. Or Tania tenait de ses ancêtres un remède infaillible : La crotte de chien blanche ! Il suffisait d’en étendre une petite épaisseur sur la blessure maintenue par un linge, et la guérison était assurée.
Peu importait la couleur du chien, c’était le reste qui comptait, et blanc impérativement !! Les connaisseurs tous le diront, ce n’est pas facile à trouver. C’est pourtant ce à quoi se risquait imprudemment Tintin, qui, après des recherches difficiles dans les hautes herbes du coin, lui fournissait un remède de couleur approximative contre rémunération. Ceci en se faisant régulièrement « rabouer ».
« J’en veux qu’des blanches », lui assenait Tonia en guise de remerciements !
Ainsi allait la vie « du haut du pays » !
Marius COURTAUX
Rugny Mai 1998