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Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!

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Tripoteuse et coupeux d’ficelles…

Tripoteuse et coupeux d’ficelles

 

C’était il y a quelques années maintenant. Les blés poussaient comme maintenant. S’ils étaient plus hauts, moins serrés et très souvent parsemés de chardons, il n’en donnaient pas moins un pain qui valait celui d’aujourd’hui. Et, le long des champs l’on y trouvait encore bluets et marguerites.

Au temps d’été, deux chevaux tractaient les moissonneuses, Mac Cormick ou autres, qui se chargeaient de couper les récoltes et de les botteler. Ensuite, les dites bottes, mises en tas, épis vers le soleil, étaient rentrées par beau temps et mises en « pantées » dans les granges, en un savant empilage, pour être battues en hiver.

Et  c’est là que commence mon histoire ! Exactement chez la mère Marthe, une brave femme du bas du pays dont l’occupation principale consistait à s’accroupir sur le trottoir pour interpeller tous les gens de passage dans la rue. C’est ainsi qu’elle colportait les nouvelles en y apportant une touche personnelle qui ne manquait pas d’originalité. Bref, une animatrice, qui savait également -et heureusement- une autre corde à son arc. Mais nous y reviendrons dans le cours de cette histoire.
 

Or donc, arrivait le moment des battages, un jour d’hiver. La veille le père Faure avait installé le battoir devant la porte de la grange route de Tonnerre une des plus vieille du pays. Un battoir qui portait un nom prédestiné : c’était la tripoteuse.  Figurez-vous une grande caisse en bois, se déplaçant sur deux roues cerclées de fer et reposant ensuite sur deux béquilles. Pour le non initié, ce curieux engin renfermait des mécanismes aussi bruyants que mystérieux, destinés à séparer le grain de la paille et les « menues-pailles » du grain. Une plate-forme qui couronnait le tout à deux mètres de hauteur, se chargeait de recevoir les bottes de blé, d’orge ou d’avoine. Là-haut un gamin récupérait ces fameuses bottes, qu’une fourche à trois dents propulsait vigoureusement, et souvent dans ses jambes. IL fallait ensuite couper la ficelle avec une serpette, exactement derrière le nœud fait par la moissonneuse, et la récupérer. Car on ne perdait rien !

Et bonjour les chardons ! Un jour, le coupeux d’ficelles que j’étais, avait mémé réceptionné une couleuvre…

Enfin un savant coup de pied étalait alors convenablement blé, avoine, orge et chardons, repris à petites poignées pas l’engreneur qui faisait passer le tout savamment dans un dangereux cylindre chargé de battre les épis. A noter, qu’ainsi au départ de ces transformations, l’engreneur était vraiment le maître de cérémonie. La paille, qui sortait ensuite à l’arrivée du battoir était reprise par des bras vigoureux et à nouveau bottelée dans la presse. Le grain, sortant par les « goulottes », était mis dans des « bâches » qu’un costaud emmenait sur une brouette à sacs, voir sur son dos. Un van, à l’intérieur de l’ensemble, ventilait les « menues-pailles », transportées ensuite dans d’autres bâches, et toujours à dos d’homme cette fois, vers les écuries. Du haut de mon perchoir, le coupeux d’ficelles que j’étais, n’avait guère le temps de considérer tout ce monde, bien trop occupé avec mes ficelles et souvent même à éviter les chardons qui arrivaient par rafales. Et tout se compliquait aux dernières couches de la « pantées » : c’est là en effet qu’avaient élu domicile des familles entières de rates et de gros rats noirs. On faisait alors appel au chien de la maison qui pourchassait toutes ces équipes, au milieu d’une poussière noirâtre qui m’emplissait le nez. Je me souviens même de  « Kiki » un chien moir et jaune, dans une autre maison, qui était devenu célèbre dans cet exercice hautement particulier. Notre gaillard, qui gobait les rats comme des caramels, en avait avalé trente neuf en deux heures ! Record jamais égalé…

Bref, une véritable usine où chacun avait sa place et travaillait de bon cœur.

Mais, à bien réfléchir, il manque une chose à notre affaire, medirez-vous, et une chose essentielle… Comment ça marchait tout ça ? C’était bien là tout le problème… La solution : le cheval bien sûr ! En effet, un cheval, amené docilement par la bride, grimpait sans enthousiasme dans une sorte de cage au plancher mobile, partie intégrante à l’arrière du battoir. Ce fameux plancher, monté sur roulettes, et légèrement en pente, était immobilisé pendant l’opération. C’était le « Chemin ». Solidement attaché près d’une mangeoire et trappe refermée, onj lachait le frein, et notre cheval qui sentait le « Chemin » se dérober sous ses pieds était bien obligé de marcher, tout en faisant du surplace… Il transformait sans le savoir, un mouvement horizontal en un savant mouvement rotatif.

Et c’est ainsi que le fonctionnement… fonctionnait ! Il y avait bien quelques chutes de rythme, de temps en temps, quand le moteur fatiguait, mais l’avoine de la mangeoire lui insufflait une énergie nouvelle. Remarquez en passant que les home-trainers modernes pour sportifs en chambre, ou candidats à l’amaigrissement n’ont rien inventé ! On changeait d’ailleurs la force motrice toutes les deux heures. Et c’était le moment qu’attendaient tous les « batteux ». En effet, le père Faure descendait à la rue Basse avec son cheval fatigué, pour en remonter un frais. Et c’était une pause qui durait… Mise à profit par un conteur de bonnes histoires, par un faiseur de blagues, au tour d’un casse croûte appétissant. On ne s’apercevait pas tellement qu’on travaillait. Encore deux heures et à table à midi ! Tout cela d’autant que des odeurs de bonnes cuisine arrivaient jusqu’au battoir. Car la mère Marthe, entre deux discours dans la rue, était une extraordinaire cuisinière. Je me souviens des ses civets d’oie, de ses fricassées de canard, de dinde, voire de lièvres, dont je retrouve après tant d’années les fragrances subtiles... Nous attendions tous ce moment ! Ce régal. Après cette bonne table, l’on repartait de plus belle et le coupeux d’ficelles recoupait, l’engreneur rengrenait, le cheval remarchait et la tripoteuse retripotait…

Avec mon souvenir ému à tous les protagonistes de cette histoire, ceux que j’ai cités, et les autres…

 

 

A Rugny le 1er septembre 2002

Marius COURTAUX

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S
<br /> <br /> Cela me rappelle beaucoup de bons souvenirs! Merci<br /> <br /> <br /> <br />
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