Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!
Venez retrouvez dans cette rubrique les nouvelles de Marius. Contes et faits historiques vont s'y cotoyer pour votre plus grand plaisir. Marius COURTAUX l'auteur de l'ensemble textes qui vous seront proposés ici, est en pour tous les ruinois une source intarissable de connaissances et savoirs sur notre commune et notre région!
Pour ce premier article vous pouvez lire ou relire l'histoire de notre église (St Marcel de Châlon) située etrangement en dehors du bourg.
RUGNY et son église
Si la construction de l'Eglise actuelle date du 16eme siècle, c'est
la seule certitude que nous ayons- nous ne savons par contre rien de l'époque où le village s'est implanté sur la colline d'en face. Que s'est-il passé?
Pas de documents écrits, pas de preuves tangibles. Quoique... Souvenons-nous toujours que l'histoire d'un pays
est la conséquence de sa géographie et que le destin d'une population est inscrit dans le sol qui l'a vue naître. Il nous faut donc regarder en arrière, loin, très loin, et remonter des siècles,
voir des millénaires. Et c'est Claude Binet, notre ancien Maire, qui, par ses qualités d'observation, va donner le départ, il y a quelques années. En effet, et du haut de son tracteur, s'il vous
plaît, notre ami fit une découverte inattendue : rien de moins que des haches en silex, accompagnant un curieux rabot, et deux extraordinaires pointes de flèches, en silex finement taillé
dont il me fit cadeau. Tout cela à proximité de chez lui.
C'était le témoignage indiscutable d'une présence humaine à l'époque baptisée par les scientifiques d'un terme
barbare: le paléolithique supérieur! Soyons clairs : nos ancêtres chassaient déjà le chevreuil et le sanglier en Champ-dion, il y a ... 12000 ans! Mais armes et outils progressèrent et nos
chasseurs, contemporains des hommes de Cro-Magnon, laissèrent la place à des populations du néolithique qui, eux, étaient passés à un artisanat plus développé : Ils ne se contentaient plus
d'éclater le silex, mais ils le polissaient, bien sûr, toujours dans notre région. Et les temps s'écoulèrent ainsi, lentement... pour arriver à 4500 environ avant J.C .
A ce moment apparurent de nouveaux venus. Plus questions de silex amoureusement taillés. Non, on donnait dans le gigantisme! Et particulièrement on se faisait la main sur d'énormes blocs de
granit de préférence! Vous me rétorquerez qu'ici la chose n'était pas pensable. Mais cette civilisation, dite des mégalithes, s'est répandue dans toute l'Europe, chez nous, y compris, granit en
moins... Promenez-vous donc dans l'Avallonnais et admirez l'impressionnant dolmen de Cheveresse et celui de la Pierre-qui-Vire, tout à côté du célèbre monastère... et gardez cette dernière image
en mémoire, vous verrez pourquoi...
A partir de ce moment, l'histoire s'accélère si l'on peut dire. Voici l'âge du cuivre, suivi de l'âge du
Bronze, et bientôt l'âge du fer, tout cela en 3000 ans environ. C'est alors qu'entrent en scène de nouveaux acteurs, quelques siècles avant notre ère, et toujours chez nous. Des gens poussés par
la faim, car en cette fin de millénaire, sévit une terrible sécheresse, surtout en Europe Centrale. Ces arrivant, mi nomades, mi sédentaires, si la région leur plaît (Et la nôtre leur plaira),
surgissent de l'Est. Ils empruntent les passages traditionnels, que bien d'autres envahisseurs suivront. Les derniers en date, en 1940, bien plus rapides et mieux armés. Nous leur donnerons leur
nom : ce sont les Celtes et qui se fixeront dans la région. Certains auteurs prétendent même qu'à défaut de trace écrite, ils laisseront au moins une trace phonétique: le "i", notre moderne
"y" que l'on retouve si souvent (Rugny par exemple), représente selon eux le symbole du foyer, du centre de vie. Il n'est autre que le Home anglais ou le Heim allemend...
Cette sédentarisation eut une autre conséquence: l'homme, qui vivait maintenant dans un horizon formé par le
champ et son village de cabanes, abandonnera peu à peu le trouble qui lui inspirait l'espace sans limite où il avait vécu. Les dieux se fixèrent en quelques lieux sacrés et lui devinrent plus
familiers, plus aptes à lui procurer une assistance efficace.
Et quel lieu plus propice à la célébration de la naissance et de la vie et à son mystère que la source? Notre
village en possédait, et en possède toujours, trois remarquable dans la vallée. La Fontaine et deux dans le parc du château. Ce furent là des lieux de croyance païenne, dont la ferveur conduisit,
comme partout ailleurs, à l'édification d'un premier temple grossier, vraisemblablement à l'emplacement de l'église actuelle, avec, bien sûr, dans la vallée même, un village de cabanes en bois
recouvertes de chaume.
Les sanctuaires édifiés en Lorraine (ce n'est pas si loin), autour des points d'eau sont très nombreux et les reliefs exhumés témoignent de l'engouement des pèlerins (et des habitants) pour ces
lieux. Souvent nos ancêtres dormaient sur le sol, près de ces points d'eau, après avoir jeûné et pratiqué des ablutions dans l'espoir de voir le Dieu de la source leur apparaître en rêve et leur
dicter de futures règles de vie. Notons en passant qu'un retranchement rudimentaire. "La Motte" protégeait quelque peu la vallée, à mi-chemin lui-même, de deux sources.
Tout alla donc ainsi, dans une paix relative, pendant quelques siècles... jusqu'au moment où les Romains se présentèrent... avec leurs grands
pieds! Pas si bêtes, nos Celtes et leurs descendants gaulois adoptèrent et adaptèrent très vite le panthéon romain à leurs propres divinités. Et tout cela tient encore quelques siècles... pour le
pauvre Rugny, devenu Runiacum... Et vint à nouveau un grand chambardement dans les cinquante dernières années du 4eme siècle de notre ère : ce fût le déclin de l'Empire Romain et l'arrivée
du Christianisme, prêché par Saint Martin et ses disciples. Implanter une foi nouvelle, veut dire, à cette époque lutter contre le paganisme, qu'il s'agisse de la religion romaine officielle ou
des croyances dérivées des traditions celtiques, les dieux des sources, notamment.
Les missionnaires, qui utilisaient à peu près toujours la même méthode, n'y allaient pas doucement. Dans un premier temps - et l'épisode est toujours enveloppé de miraculeux-, ils détruisent les
lieux de culte païens (l'emplacement de notre église). Dans un deuxième temps, ayant obtenu une adhésion massive des habitants subjugués, ils assurent l'instruction et la persévérance de la foi
chez les nouveaux chrétiens. Puis ils font construire de nouveaux lieux de culte... à la place des précédents.
C'est si vrai que le monastère de la Pierre-qui-Vire (dont nous avons parlé dans la première partie) a été
construit à côté d'un dolmen. On alla même plus loin... Pour purifier les sources, hauts lieux du paganisme, on les sanctifia ! Voyez Saint Gautier à Quincy, où l'on construisit même, plus
tard un monastère. Et les nôtre, à nous? Elles subirent la même destinée : l'une devint Sainte Marguerite et l'autre fut consacrée à Sainte Madeleine, voir Saint Nicolas ou même Saint
Martin- sans doute parce qu'à l'époque, elle débitait davantage.
Le village du fond de la vallée, représenté sans doute par une forte agglomération de huttes de style gaulois,
devait être important, puisque point de départ de nombreux chemins-qui existent encore-, vers Villon, Trichey, Thorey et Baon. On peut penser qu'un édifice rudimentaire, dédié cette fois au culte
chrétien, remplaça sans façon le lieu de culte païen, à l'emplacement de l'église actuelle. La "Pax Romana" hélas, ne dura pas toujours. En effet, arrivèrent bientôt les grandes invasions:
Visigoths, Ostrogoths, Vandales et Burgondes déferlèrent sur nos régions, se partagèrent les dépouilles de Jules César... en suivant sans vergogne les chemins que le conquérant avait laissés.
Rien ne résistait sur leur passage, surtout pas les pauvres cabanes de nos aïeux. Quant aux édifices religieux, censés receler quelque richesse, je vous laisse à penser l'état dans lequel ils se
retrouvèrent... Certains disparurent à jamais.
Pour finir, survinrent les vikings, avec pour port d'attache la région d'Ancy-le-Franc, base de rapines pour
tout les secteurs : et Ruiniacum était la proche banlieue de l'Armançon. Bref, la vallée était devenue invivable. Tant et si bien, qu'un peu avant l'an mil, on peut penser, que les rescapés
décidèrent de s'établir sur la colline d'en face, plus défendable, en s'entourant d'abord d'une palissade en bois, puis d'une enceinte fortifiée en pierres sèches, dont on distingue fort bien les
ruines. Quelques noms sont encore évocateurs : la rue des Fossés, par exemple... Ce qui restait de l'église fut sans doute retapé en attendant des jours meilleurs... qui n'arrivèrent qu'au
16e siècle. Car, tant était fortement ancrée leur foi ancestrale, que nos aïeux, dans le plus grand dénuement, n'imaginèrent jamais tourner leurs regards et leur prières ailleurs que vers la
vallée d'origine, vers leur racines. Et les pauvres en vinrent encore bien d'autres... Pensez donc que Bourguignons et Armagnacs, au début du 15e siècle, détruisirent tout ce qui tenait encore
debout. On accorda même au clan vainqueur le pillage complet du pays, du moins ce qu'il en restait, à titre de récompense. Et les fortifications tombèrent en ruine. Mais ceci est une autre
histoire.
Sachez cependant encore qu'il fallut attendre 1652 pour qu'une âme charitable et fortunée eu pitié de nos
villageois, condamnés à patauger chaque hiver dans la neige, pour se rendre aux offices.
En effet, c'est à cette date, que Dame Marie Porticelli fit construire la Chapelle. Le piquant de l'histoire
est que cette édification fut le résultat acte de contrition, la dame en question n'ayant pas laissé la réputation d'une grande piété ni d'une vertu particulière. Voilà, ami lecteur, la vérité
vrai? Comme je voudrais bien la connaître! Mais tout cela est tellement vraisemblable.
Marius Courtaux
Eglise de RUGNY St Marcel de Châlons (Photo GF)