Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!
Le cheveu dru, grand et maigre, vif comme un gardon, l'homme semblait taillé pour la bagatelle. D'autant plus qu'un nez important laissait présager de flatteuses possibilités. Un seul ennui pourtant: légèrement bègue, il n'en plaçait pas deux au même moment. Mais qu'à celà ne tienne, physiquement, un véritable coq de basse cour... La solitude lui pesant, une dame était tombée dans le piège, amsi en tout bien tout honneur, légitimement, avec bague au doigt et rang enviable d'épousée.
Et Madame, rangée des voitures, se vit dès lors à l'aube d'une vie s'écoulant comme un long fleuve tranquille... grave erreur! Car notre gaillard, calmé pour un temps, un temps seulement, rêva bientôt d'autres conquêtes... Ses nuits d'insomnie peuplées de douces alanguies n'offrant plus que l'éxutoire conjugal, il chercha et trouva. C'était prévisible. De bègue qu'il était, il devint bigame, ce qui n'arrangea rien. En effet, une autre dame, tristement esseulée, fit bientôt son apparition. Pour bien saisir la suite de mon histoire, il me faut rappeler que les gens d'alors ne vivaient pas l'aisance, loin de là.
Si Cadet Rousselle qui possédait tout par trois était une exception, notre ménage qui allait s'étoffer ne possédait, lui, qu'une maison, la maison une seule pièce et la pièce un seul lit... L'arrivée non programmée d'une deuxième dame, posa donc un problème difficile à résoudre, il faut en convenir.
Si, dans la journée tout se passait sans trop d'ennuis, vous devinez qu'il n'en allait pas de même pour la nuit. C'est le maître des lieux, jamais à court d'idées, qui trouva la solution. On résolut ainsi d'utiliser le seul lit pour trois. A tour de rôle, vous allez me dire? Eh bien, pas du tout... En même temps! Et notre amoureux, qui n'était pas très épais, se réserva le milieu, sa légitime à main droite et sa concubine à main gauche, résolvant ainsi, d'un seul coup, d'un seul, le délicat problème de la cohabitation nocturne. Situation hors du commun, on s'en doute, et qui n'avait pas manqué de susciter la curiosité rigolarde des voisins et surtout des voisines, émoustillées pas l'inconnu.
C'est ainsi que, la nuit venue, l'on arrivait à pas feutrés écouter à la porte, voire par le trou de la serrure les faits et gestes de cet étrange trio. Scrutant l'obscurité et diablement interessées, ces dames, rêveuses, imaginaient des situations aussi curieuses qu'inattendues, d'autant plus que le gaillard, pris en sandwich, ne savait plus ou donner de la tête... Si j'ose dire.
Mais à l'intérieur, succédant à l'euphorie initiale, la situation s'était vite dégradée. De quiproquos inattendus en méprises savamment calculées, il avait fallu mettre de l'ordre dans l'anarchie naissante. En définitive, on avait établi un tour, basé qur le calendrier, ce qui était plus prudent. Mais empêchez donc une dame amoureuse, celle de droite comme celle de gauche, de grapiller lâchement la faveur du jour réservée à l'autre.
Ce qui attirait immanquablement cette impérative mise au point de leur seigneur et maître... qui bégayait comme c'est pas possible dans les grandes occasions: "T'en...T'en...T'en...T'en auras d'main! Et l'harmonie régnait à nouveau. Mais à force d'en donner, notre homme finit par ne plus en avoir... Une seule solution pour sauver la face : disparaître! Ce qu'il fit un beau matin après un baroud d'honneur, au grand désappointement de la dame de droite et de la dame de gauche, sans compter celui des dames de l'ombre, restées sans occupation...
Et tout retomba dans un silence réparateur jusqu'au moment où, à l'etonnement général, le chéri de ces dames réapparut tout simplement, frais et fringant comme avant... Devinez où? Dans un village voisin! Seul ? Sûrement pas!Mais dans un lit d'une troisième égérie, qui, par la suite, se révéla encore plus coriace que les deux précédentes (celle de droite) et (celle de gauche). Au moins n'eut-il plus à établir de calendrier...Ce fut sa seule satisfaction. Car, choyé et bien nourri, il se mit à grossir.
Et notre coq de basse-cour devint coq en pâte, incapable désormais d'accueillir une seconde participante dans un lit bourguignon, étroit au possible, fait ainsi, parait-il, afin de favoriser les rapprochements... et les rires des lecteurs de mon histoire...
M. COURTAUX
Rugny février 2004