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Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!

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Baguettes tambour et pas cadencé!

Découverte d'un de nos illustres "Champêtre" du  village. Victor PREAU, garde champêtre, était un personnage haut en couleur !

 


 

             Pas réglementaires et garde à vous !

Il s'appelait Victor PREAU. Au fond d'une ruelle, sa maison, ancienne, communiquait avec l'extérieur par un large escalier. L'originalité n'était pas là, mais dans la cour ouverte à tout vent. En effet,  un magnifique poirier de Duchesses attirait, à la bonne saison tous les gamins du pays.

Je n'ai jamais mangé d'aussi bonnes poires, d'autant plus qu'elles étaient chapardées. C'était aussi l'avis des rats du coin qui se chargeaient des fruits hors de notre portée!

Et le propriétaire des lieux, me direz-vous?

 

Vous devinez sans doute qu'il ne manquait pas de pittoresque... et vous voyez juste! Car Victor, qui avait effectué son service militaire dans l'infanterie de ligne, en était resté imprégné toute sa vie. Sous les drapeaux, il était devenu excellent escrimeur!

N'avait-il pas, un jour, dans un café du pays, défendu un malheureux gamin, en étendant son tourmenteur?  Avec des pincettes!

Par ailleurs, figé dans un garde à vous perpétuel, notre homme ne se déplaçait qu'à pas réglementaires et en claquant du talon.

Hélas, il y avait une ombre au tableau. Car Victor chiquait effroyablement et ses interlocuteurs se sentant perpétuellement menacés n'éternisaient pas la conversation. Vivant de journées, à droite, à gauche, il avait fini pas entrer au service de la commune comme garde-champêtre. Il faut croire que la dénomination de l'emploi -et peut-être la nouveauté à Rugny- avait frappé les gens du pays, car, pour nos compatriotes, il devint rapidement le "Champêtre" et le resta.

Et je n'ai pas souvenance d'un quelconque procès-verbal. Sacristain il le fut aussi secondant tant bien que mal l'abbé BOULARD, à vrai dire pas tellement regardant. Il sonnait également les cloches à l'Eglise et n'oubliait jamais midi à la Chapelle.  C'est lui qui sciait aussi le bois pour le poêle de l'école. Une seule fois chaque année, il coiffait son képi.

C'était le lundi de Pâques, pour l'inspection rituelle des fours et cheminées. Cette coutume demeurée longtemps vivace, disparut progressivement avec l'arrivé des cuisinières en fonte, au grand regret de notre ami. Et les dernières années, ce fut surtout l'occasion de lui payer la goutte! Bref des occupations qui le rendaient indispensable et apprécié de tous. Mais ses plus belles pages de gloire, il les écrivit dans la rue principale...

 

En effet le Champêtre était aussi tambour municipal. A ce point de notre histoire, il faut dire que les communications de la Mairie étaient portées à la connaissance des administrés "à son de caisse". C'était l'expression exacte et réglementaire. A ce moment donc, le Champêtre, plus militaire que jamais, apparaissait au bas de sa ruelle, avec baudrier, baguettes et tambour.

Face à la rue basse, et s'assurant des bases solides, il rectifiait la position. Puis un solide roulement de caisse, ponctué par un "Avis " sans équivoque, invitait la population à venir écouter la bonne parole.

Quand je dis la bonne parole, j'exagère un peu, car notre homme ignorant superbement points et virgules, estropiait gaillardement les mots compliqués et les noms propres. Mais qu'importe, le spectacle y était et personne ne ratait l'occasion. En remontant le pays, après quelques haltes, cela se compliquait encore! Mais le plus beau était à venir.

C'était immuable, la dernière annonce se situait face à la boutique à "Tintin Boutin" notre fabricant de sécateurs dont la demeure était sitiée en haut du village route de Villon.

Le champêtre, qui pressentait quelque remarque désagréable, rectifiait alors particulièrement la position. Les baguettes, maniées d'une main ferme, entamaient un roulement prolongé, un "Avis" sonore préludant ensuite à une annonce qui l'était beaucoup moins. C'était à ce moment précis que Tintin se présentait, demandant poliment au Champêtre de rectifier quelques libertés de prononciation. Et c'était alors du grand art!

Notre Champêtre, au garde à vous impeccable, faisait un demi tour réglementaire, et, face à son interlocuteur, lui adressait un: "et merde..." qui faisait rire tout le voisinage.

Puis notre tambour, remettant sa chique en place, regagnait sa maison et son poirier au pas cadencé, avec le sentiment bien légitime du devoir accompli. Brave Champêtre, sachez au moins, que votre pittoresque souvenir ne sera pas oublié.

 

M. COURTAUX

Rugny, Juillet 1998

 

 

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