Découverte virtuelle de notre charmant petit village situé aux frontières de l'Yonne, l'Aube et la Côte d'Or. Rugny en images et en textes mais aussi ses environs proches. De l'Abbaye de Quincy au Château de Maulnes un grand bol d'air pure!
Un marin à Rugny: Où l'histoire extraordinaire de Victor BASSET
Le 20 avril 1837, chez les BASSET, vieille famille de Rugny naquit un premier garçon, Victor. Qui, alors, aurait pu se douter qu'une fée capricieuse s'était penchée sur son berceau... La fée de l'Aventure...
Notre garçon, particulièrement robuste, grandit sans problème et vint le temps du Service Militaire. A cette époque on tirait au sort un bon ou un mauvais numéro. C'est ce dernier qui échut à Victor. Mais laissons lui la parole: " y servis pendant une période de 7 ans, par suite d'avoir amené le n 11 du tirage au sort de la classe de 1857".
Notre gaillard, qui avait travaillé chez différent propriétaires de Rugny, puis de la région parisienne avait amassé quelque pécule. C'est donc avec 75 francs en poche qu'il partira, à pied, pour rejoindre Auxerre le 5 Novembre 1858. Et il laissera à sa mère la somme rondelette de 1240 Francs qu'il prendra soin de cacher soigneusement dans un coin de la cave.
Le 14 juillet 1859, il passe danc volontairement aux infirmiers maritimes, à l'effet de donner des soins aux blessés de l'armée d'Italie, dirigés alors sur l'Hôpital St Mandrier. Son dévouement est déjà remarqué de ses chefs. Il est donc nommé Infirmier Ordinaire. Et cela lui vaut une embraqué le 6 Août 1860 sur le transport "La Sèvres". C'était bien parti, et cela va continuer.
Là-bas, notre Victor, devenu Mexicain pour un temps, se distinguera une nouvelle fois auprès des marins et soldats atteins des "Fièvres Coloniales", comme on disait à l'époque. Tant et si bien qu'à 25 ans, il reçoit la Médaille Militaire, décernée pas l'Empereur le 31 Décembre 1862. Et ce n'est pas terminé, car il reçoit aussi la Médaille Commémoration du Mexique, institué pas le décret impérial du 30 septembre 1864.
Mais l'expédition se termine lamentablement et notre infirmier va reprendre la mer. Pour vous faire une idée de cette nouvelle et étonnante aventure, sachez qu'il va sillonner mars et océans, pendant dix sept ans, sur douze navires différents, dont quelques uns aux noms évocateurs. Je ne résiste pas à l'idée de vous en faire un court résumé: Ce sera tout d'abord le cuirassé "La Savoie" en 1867, "La Creuse" en 1869, "l'Aveyron" en 1870, puis le "Fleurus" et la "Dryade" en 1872, le cuirassé "L'Océan" en 1873-74, le "Souverain" et l"Alexandre" en 1877-78, "l'Amante" en 1879, la "Sarthe" et le "Richelieu" en 1880. Embarqué sur cet echantillonnage remarquable de la Marine Française, inutile de dire que notre infirmier va acquérir une compétence exceptionnelle. Ce qui ne l'empêchera nullement, entre deux embarquements, de revenir en permission à Rugny, pour s'apercevoir que le magot laissé dans la cave, a disparu... Personne ne saura jamais ni pourquoi, ni comment!
Nous allons le retrouver en 1881 à bord de la frégate cuirassée "La Revanche" pour prendre part à l'expédition de Tunisie où il reçoit la Médaille Coloniale. Débarqué ensuite à Toulon, où sévit le choléra, il se dépense sans compter! C'est ainsi qu'en récompense de "ses services dévoués pendant cette épidemie", il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur le 27 août 1884. IL est maintenant 1er Maître infirmier pour reprendre la mer. Voici désormais l'Océan Indien et la mer de Chine, à bord de la "Corrèze", pour participer à "l'expédition du tonkin, de la Chine et de l'Annam", dont une nouvelle fois,il reçoit la médaille commémorative le 18 avril 1887. Il laissera même son nom, Victor BASSET à un hôpital de campagne.
Et, un jour, au cours d'une escale au Tonkin, il remarque un groupe de sept soldats, occupés à mesurer un énorme tronc d'arbre. Ce ne peut-être que des terriens, pense-t-il ... Et comment! Parmi eux, il reconnaît un gars de Rugny, le jeune soldat Anastas BINET, l'arrière grand père de mon voisin Daniel BINET! Avouez tout de même qu'a cette époque, et si loin du pays, il y a de quoi tomber sur le derrière!! Et notre Anastas chantait lui aussi. Revenu chez lui, le soldat Binet n'oubliera jamais les airs appris dans ces contrées lointaines. Je l' entends toujours interpréter d'une voix chevrotante et pleine d'émotion "de Singapour à Nantes", son répertoire favori, sa jeunesse.
Pour notre Victor , l'incroyable odyssée va toucher à sa fin. Aussi, mieux que je ne saurais le faire une remarquable photo qui à plus de 130 ans, vous dira toute l'intelligence et la noblesse de ce garçon, dont toute la vie ne fut qu'un extraordinaire roman... Un magnifique conte qui se terminera à Rugny, comme il avait commancé. Car, la retraite venue, Victor réapparaitra au pays, avec ses souvenirs, ses médailles et ses chansons. Sa mère, qui n'avait pas désespéré de le voir se marier, lui avait préparé un trousseau complet, comprenant notamment douze draps de solide toile de chanvre filée. Hélas, Victor demeura célibataire.
Victor Basset (deuxième debout en partant de la gauche)- Cliché Format Original-

Un célibataire qui aurait eu bien besoin, cependant, d'une présence réchauffante, car les longues années passées sous les latitudes plus ensoleillées l'avaient rendu frileux. "Venez donc prendre un petit air de feu, ca ne fait de mal à personne", avait-il coutume de dire à ses voisins, en les invitants à venir partager le plaisir d'une flambée. On le voyait aussi souvent sur le chemin de Vaudry, avec sa casquette à visière vissée sur la tête, promenant une longue-vue de marins sur les lointains brumeux. Souvenir de ses lointains périples. Tel était Victor BASSET, terrien que la mer avait conquis. Et c'est auréolé d'une gloire vaguement mystérieuse, qu'il suscitera toujours la curiosité des gens du pays, subjugués par cette destinée hors du commun. Notre paysan est devenu marin. Marin il restera dans la mémoire du village. L'impasse au fond de laquelle il finit ses jours auprès de son frère, rappelle à tous son souvenir. C'est l'impasse du Marin. Et c'est très bien ainsi.
Marius COURTAUX, Rugny Mars 1998
Pour la petite histoire de nos jours les parents d'un autre marin vivent dans cette impasse. C'est la famille JOUAN et le marin au sein de la Marine Nationale c'est notre ami Franck!